6 Janvier 2008
On a passé 10 jours à la maison à déménager, bouger les meubles, trier...et bien sûr faire face à son passé, trouver la force de l'accepter et d'avancer, à grandes malles de Névada break à la déchetterie communale...à faire face à son passé quand on retombe sur le carton des lettres amoureuses de ses parents, en rire, puis en pleurer...
à faire face à sa vie quand on retombe sur de vieilles photos où l'on retrouve une etreinte, un rire aux éclats, une sieste, un repas, un anniversaire, des vacances, une vie figée, d'enfant, qu'on regarde maintenant avec des yeux d'adulte, d'homme.
Entre une paire de lunettes, quelques pipes, un vieux paquet de goldo, une carte du PS qui date de 1980 et ces quelques photos qu'on connait par coeur j'ai retrouvé un nouveau bout de passé, oublié, et qui est remonté à la surface à la vitesse d'un truc qui va très vite et très fort, un texte dit lors de l'enterrement de mon père en 1985, par le Maire, Christian BLANC, que tous le monde s'accorde à rendre hommage à Cugnaux, en souvenir d'un homme exemplaire...qui mourra quelques temps après, unique rempart evident contre la droite à Cugnaux, qui n'avait alors plus qu'à s'installer, portant sur un trône ce jeune loup du RPR, Michel Aujoulat.
Je garde de ce jour d'obsèque la chaleur étouffante d'un mois de juillet, le souvenir de regarder mes chaussures aux premières loges d'une Eglise pleine juqu'aux marches de son parvis, des mains qui tapotent l'épaule et ébouriffent les cheveux de ce gamin de 13 ans que j'étais alors, passer au milieu de tout ces gens sans jamais arriver à la sortie, et arrivé au bout un cerceuil à porter pour ce premier enterrement de ma vie, ma rose posée sur la boîte, et ce texte lu par le Maire, qui parmis tant d'autres choses a emplit en moi des tonnes de fierté d'être le fiston du Bordignon, de sorte qu'il m'en reste des réserves jusqu'à ma fin à moi. Ce texte fait aussi et même énormément partie de mon passé, de moi, il s'impose ici sur mon blog comme une évidence, et j'avais envie de le partager.
A Madame Bordignon,
A ses enfants,
A ses parents,
A ses amis,
Ceci n'est pas un discours. Il s'agit juste de rappeler en quelques mots quelle perte subit aujourd'hui par le Foyer Loubayssens, le Bureau d'Aide Sociale, la Municipalité, la Commune, avec la disparition de Jean Claude Bordignon.
Depuis un an je travaillais avec lui, avec un seul objectif: faire de ce foyer un lieu où il fait bon vivre et un lieu bien géré.
Nous nous préparions à fêter le premier anniversaire de son ouverture comme un succès. Aujourd'hui je sais que le succès ne sera pas total.
Pour vous tous c'est une perte cruelle. Pour toute l'équipe municipale, pour moi c'est la disparition d'un collaborateur expérimenté, averti, humain.
Il y a juste un an au terme d'une longue consultation, au terme de rencontres nombreuses avec plusieurs postulants, sa candidature a été retenue. Il a été choisi-ou plutôt il s'est imposé naturellement à moi. Je l'ai choisi et le Bureau d'Aide Sociale m'a suivi dans ce choix. S'il n'est pas toujours facile pour un élu de choisir entre différents projets, il est encore plus difficile de choisir les hommes qui vont animer ces projets: et c'était le choix dont j'étais secrètement le plus fier. Ce choix étant fait nous nous sommes mis au travail, il s'agissait de surveiller les derniers travauèx, de former une équipe, de monter un budget, d'accueillir les premiers arrivants. Tout celà il l'a fait et bien fait. Enfin il réalisait son projet "vivre et travailler au pays". Il y était devenu "quelqu'un".
Nous avions tout prévu pour ce foyer, les aménagements, le fonctionnement, l'avenir, nous avions tout prévu, sauf la mort des hommes.
La DASS savait pouvoir compter sur lui, Le BAS savait pouvoir compter sur lui, les élus savaient pouvoir compter sur lui;
Je savais pouvoir compter sur lui, il savait qu'à tout moments j'étais prêt à l'aider. Ca s'appele de la confiance, et dans le monde égoïste et mesquin d'aujourd'hui, où tout le monde veut se pousser du coude, c'est un sentiment rare et precieux.
Le personnel savait pouvoir compter sur lui: il poussait les gens à s'accomplir dans leur travail quotidien et dans la recherche d'une promotion professionelle réussie.
Les résidents savaient pouvoir compter sur lui, il connaissait bien cette population fragile et savait apporter son secours psychologique ou matériel.
Tout celà est rompu, mais tout celà continuera. Que les résidents le sachent, l'équipe formée par les employéset le BAS va redoubler d'efforts.
Madame BORDIGNON, mes relations avec votre mari ont toujours été empreintes d'un grand respect mutuel. Pour l'anecdote en public ou en privé, nous nous sommes toujours vouvoyés, aujourd'hui je prends la liberté de lui dite "tu nous manques". Aurevoir et merci Jean-Claude.
4 fev 1985, inauguration Loubayssens