L'AFFICHE ROUGE Aragon



La voilà l'affiche rouge qui a inspiré un poème, et quel poème à Aragon...ce texte m'a touché, direct, en plein coeur, dès la premiere lecture...
Une affiche de propagande nazi qui joue sur l'origine des résistants, en l'occurence de ces 23 résistants exécutés et qui faisaient partie du groupe Manouchian des Franc Tireurs Partisans...les résistants du PCF, tous immigrés, tous antifascistes, souvent des italiens ou des espagnols. Le but de cette affiche était de jouer sur l'origine de ces résistants pour retourner les parisiens contre la résistance...
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants



L'Affiche rouge

Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans.

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

Et les mornes matins en étaient différents.
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand.

Adieu la peine et le plaisir adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui va demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.

Louis Aragon, Le roman inachevé, 1956.


Ma version du poème avec ma guitare et mes p'tits doigts...


"Le Fusillé souriant n’est plus un inconnu mais sa force et son symbole restent intacts. Le sourire de Georges BLIND est entré dans l’Histoire, il doit y rester pour témoigner au delà des générations de l’esprit de Résistance et de l’absurdité de la guerre. Lui, combattant de l’ombre jeté en pleine lumière, ne se voulait pas un héros mais un homme simplement, avec au cœur un idéal de liberté auquel il parvint par un sourire. »



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M
Oh voui, que tes petits doigts continuent à gratter; les cordes et les vernis trop lisses et brillants. Tes rages, tes nostalgies touchent aux tripes. Oui, ne jamais oublier qu'on est de tripes, de coeur et d'âme et que certains en ont tant qu'ils les déballent  aveuglément  pour que l'être humain suivant fasse mieux que son prédécesseur.
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