1985

Il y a 23 ans aujourd'hui.
Une journée d'été ensoleillée comme les autres, nous rentrions de vacances quelques jours auparant...il avait décidé d'aller faire du vélo, moi d'aller pêcher au lac de Villeneuve avec mon copain Jeff le fils de la pompiste, une journée d'été ensoleillée comme les autres...

C'est sur le chemin du retour qu'à vélo , sur les coups de 19h, je vis venir vers moi la voiture d'une employée du foyer logement de Cugnaux, là où nous vivions, dans un "appartement de fonction"...
A sa tête, du haut de mes 13 ans je compris vite que l'accident annoncé n'était pas un petit accident.
Au niveau de Muret, alors qu'il revenait de Montesquieu Volvestre, sur la nationale 117, mon père fût accroché par un poid lourd.
Rien n'y fit, hélico jusqu'à Purpan, urgences, ma mère rentra de l'hosto sur les coups de 22h alors que nous étions réfugiés chez ma Tante à Colomiers et nous annonça sa mort.
Je me souviens d'une impossibilité à contrôler mes jambes, mes émotions, mon regard qui affolé ne savait sur quoi se poser...comme un électrochoc cérébral dont on ne peut mesurer les effets, un seisme à l'intérieur, un dépucelage de douleur. Quelques jours plus tard, la route nettoyée, ma mère retrouvait ses lunettes et une chaussure dans le fossé.

Si peu à peu on oublie la voix, l'étreinte, l'odeur, la présence d'un père;
Si les souvenirs s'estompent inexorablement,
Si petit à petit après des années on arrive à balancer à la déchetterie un vélo plié et rouillé par les années, des baskets tâchés de sang, une vieille carte du P.S; on oublie jamais une journée d'été ensoleillée, et on en crève de manque toute une vie, longtemps après, à jamais.
De ne pouvoir compter sur, annoncer un diplôme, dire merde, pleurer de joie une naissance au téléphone, prendre un apéro entre hommes, déconner, puis s'engueuler...

Demain sera une nouvelle journée d'été ensoleillée comme les autres, et je partirai à mon tour avec ma famille à moi que j'ai, sans savoir quelle en sera la fin. Je sais justement maintenant à quel point on ne peut savoir, et c'est celà ma force désormais, comme une cicatrice, une amputation, cicatrisée de force, mais qui se reveille de douleur parfois, et qui de toute façon vous démange en permanence.


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C
Pas de commentaire. Juste un silence...
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M
Ma simple tendresse...
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