13 Janvier 2008
Une fois de plus,
ranger,
trier,
et retomber sur une vieille boîte en fer ornée d'une magnifique scène de chasse à cour...une vieille boîte qui avait dû contenir des biscuits dans les années 30...oui, au moins les années 30 car je l'ai récupéré dans le bureau style Napoléonien de mon grand père maternel, à sa mort...
Je ne peux m'empêcher de mettre ici quelques unes des photos que contient désormais cette boîte, non pas en hommage à mon grand père, mais plutôt parceque ce sont pour certaines de véritables photos de collection qui font partie de l'histoire de la ville rose. Mon grand père, Mr André Calastrenc était en effet comme on peut le voir sur la première photo coiffeur à Toulouse avec une dizaine de salariés et ma grand mère à la caisse...le magasin se tenant près de la place du capitole, mon grand père allait souvent coiffer au théâtre du Capitole de belles cantatrices d'opéra, d'où ces photos dédicacées qui m'impressionent tant par ce qu'elles représentent comme objet que par les coupes de cheveux, mon grand père étant aussi une bête à concours dans son métier! Son père fût, lui, le péruquier de l'Opéra du Capitole, mais là y'a un bail!
Je ne me souviens de mon grand père que de très peu de choses finallement.
Etant minot il n'était plus coiffeur, et tenait avec ma Grand Mère en guise de paisible retraite commerçante, une mercerie dans le quartier des Minimes où ils habitaient, sous l'enseigne de "Sermo" synonyme de vieilles frusques et objets de coutures pour vieilles bourgeoises du centre ville...
Mais ce dont je me souviens reste en moi comme un truc difficile à digérer...comme ces dimanches en "famille" où il fallait que la tablée toute entière se taise à 13h pour qu'il puisse du bout de la table écouter et commenter les infos de TF1, et puis après on enchainait sur Dimanche Martin! Quand j'y pense je me dis que mon père devait s'auto-ronger de l'intérieur puisqu'évidemment mon grand père étant un bonhomme poujadiste de la droite extrême, il profitait de ce moment privilégié en famille pour commenter les infos ce qui bien sûr donnait libre court à de fins commentaires racistes et bien réactionnaires!...personne n'osait moufter, et je me souviens de ce gigôt dominical que je n'avais de cesse de mâcher sans jamais avaler.
Quand on est petit on capte plein de choses, sans comprendre toujours le pourquoi...mes parents n'ont jamais ou pas souvent critiqué tout celà ouvertement devant nous, mais je comprends maintenant quel sacrifice c'était pour mon père fils d'immigrés italiens travaillant la terre cugnalaise et devenu lui même après les jeunesses ouvrières chrétiennes, syndicaliste et socialiste...quel sacrifice celà devait être pour lui que de supporter sans rien dire, par respect pour eux, par respect pour sa belle mère qui subissait aussi et qu'il aimait beaucoup, et je crois surtout par amour pour sa femme!
Le seul truc qui me plaisait là bas quand il nous arrivait d'y dormir c'était de voir mon grand père au pieu lire le journal le dimanche vers 10 h du mat! Comme on passait bien sûr plus de temps chez mes grands parents paternels maraîchers aux mains caleuses et qui à 7h du mat étaient dejà au boulot, le décalage, l'écart entre ces 2 réalités me faisait vraiment halluciner, et sourire!
Et puis comme souvent dans les familles, les années passant les langues se délient, et on a alors écouté ma mère nous raconter, toujours de façon furtive, quelle enfance elle avait pû avoir, considérée comme la boniche de service pour ses 2 frères et sa grande soeur qui elle ne faisait rien, promise à un avenir glorieux à l'hopital purpan en temps que surveillante. Elle est désormais surveillante générale des hopitaux de Nîmes.
Ma mère aidait la bonne,
mon grand père à table interdisait à ses enfants de parler, fatigué qu'il était de sa journée de travail, et ne trouvait la force que de remuer une petite clochette pour annoncer le changement de plats. Je me souviens d'un jour où elle me dira "Non tu sais Bruno, moi je n'ai pas eu une enfance heureuse, non..." le regard perdu comme si enfin au bout de quelques décennies elle osait se l'avouer à elle même! Elle était sténo-dactylo, autant dire que dalle pour son père, et pourtant c'est elle qui saura être présente auprès de ses parents une fois ceux ci devenus vieux, comme aucun autre enfant n'aura sû l'être! comme en quête je crois d'une certaine reconnaissance...
Elle et ses frères étaient tous du coup très proches de ...la bonne,
et de leurs grands parents qu'ils adoraient car ils leur donnait l'amour parental que les leurs ne pouvaient de part leur travail leur donner...elle nous a toujours parlé avec grande tendresse de ces moments passés avec eux, nous expliquait à quel point même vieux "Manou et Bon papa" étaient toujours amoureux, et tendres entre eux, et avec leurs petits enfants. Elle racontait ces moments passés à l'atelier, mon arrière grand père étant bijoutier, comme le deviendra d'ailleurs mon oncle, petit frère ma mère plus tard...
Un est mort en 72 peu après ma naissance, et l'autre de tristesse quelques mois plus tard...
J'estime avoir commencé à connaitre ce grand père, André, quand il s'est mit à pleurer,
à la mort de sa femme,
comme un nouveau grand père devenu sensible...
et parcequ'il vivait au foyer logement Loubayssens à Cugnaux ce qui nous rapprochait aussi géographiquement...
Pi aussi André savait dessiner, peindre, s'éclatait à décorer ses vitrines, savait se servir de ses doigts quoi, et ça ben il y a que de lui que je pouvais en hériter.
Bref, tout ça pour dire quoi dejà? ha oui, que je mets ici ces quelques photos non pas en hommage à ce grand père là, mais surtout par ... intérêt et souvenir, historique!
calastrenc coiffure, rue st Pantaléon

MA GRAND MERE A GAUCHE
A DROITE, André et Andrée CALASTRENC
Mon grand père au premier plan, concours de coiffure
en haut au centre, re-concours
Entre postiches d'art, mèches indéfrisables, le salon (fumeur) faisait aussi parfumerie
Box individuel (chaise électrique?)
Concours Paris, mon grand père à gauche au bord qui regarde

belle meuf, sans retouche!....

dédicace
Coiffure pour reconstitution historique du second empire,Grand Hotel, Toulouse

