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Dimanche pluvieux, en tailleur sur mon lit, la pluie chante sur le Vélux© de la chambre numéro 17, secteur Château 1. Je vais de la guitare à mon ordi, de mon ordi à mon lit, de mon lit à une nouvelle cibiche…et parfois un détour sur quelques pages de Raphaël Haroche, belle surprise littéraire, ou un simple aller-retour dans le couloir. On fait pire comme emploi du temps mais l’akathizie, faites de tremblements, de tensions et d’impatiences musculaires font pourtant partie de la réalité des effets secondaires des traitements avec lesquels mon corps doit désormais faire des compromis, des histoires de conflits de molécules quoi. Finalement, moi qui détestais la Chimie au lycée au point de ne la supporter qu’avec un taux de THC voire d’alcool minimum dans le sang, elle se rappelle à moi  d’une drôle de façon, la conne.

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Le 24/11/2018

Depuis le château les matins, nous distinguons, noyé dans sa brume, le bassin toulousain en contre-bas de sorte qu’ici, s’il ne l’est dans les cœurs, le soleil brille toujours un peu plus tôt qu’à la ville.  La ville, les vivants, il fallait bien que je m’y frotte à nouveau, qu’un de ces quatre je passe le périph'. Immense  autre grand tour en forme de 4 voies me dirai-je en passant par-dessus les nœuds de bitume que j’avais presque oublié. Le coup d’accélération brutale de la rame de métro fût la première d’une série d’agressions qui n’ira que grandissante, jusqu’à ce que je n’en puisse plus. Bousculé, épuisé par un trop plein de tout, courbaturé par les foules et cette autre folie que peut être un centre urbain de nos jours.

Autour du château, dans le château, nous tournons en rond, faisons et refaisons le tour, le tour du contour. Tourner en coin et tourner en cage, 18 jours durant, loin des vivants. Même si j’ai un peu honte de dire ça au regard de ceux qui prennent 18 ans à la Santé, 18 jours m’en paraissant ici 180, je confirme : j’avais presque oublié, pris dans les boucles rythmiques d’un repos forcé, d’une mise au dépôt.

Bruits de couloirs dès 6h30, queues des petits déjeuners au café tiède, queues des médoques, potages au réfectoire, chambres et salons TV surchauffés, chiottes et douches à partager. Air sec des longs couloirs et des recoins du château, vieille pléiade jaunie, discussions sur ordonnances et débats météorologiques abscons, déambulations incessantes entre deux soupirs d’addictions. Et puis le bal des fumeurs, clopes sur clopes, accumulations de mégots dans les bacs à fleurs, repenser à l’album de #Fauve et shooter dans les feuilles mortes en retenant ses cris. Cachettes de larmes buissonnières, saluer les 3 chèvres du parc, la statue du fond, tremper mes converses dans les hautes herbes luisantes du cours de tennis à l’abandon. Courbatures de théralène©, calmer la bête matin-midi-soir, cachets, gouttes, pilules, cach’tons de vie en rose sur dégradés flamboyants de tilleuls spectateurs.

Psychiatres, ergos, infirmières, médecins traitants, cuisines, hôtelières, administrations, profs de gym, assistantes sociales, la thérapie  tourne ici 24 sur 24 : réconciliation des corps et des âmes pour 2, 3, 4, 6, 10 semaines, le temps qu’il faudra Monsieur Bordignon.

 

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Oui, d’une certaine façon il est facile de tirer à boulets rouges, de rire gras et en cœur sur la psychiatrie en général. Facile de hurler avec les loups sur la déshumanisation et le côté un peu carcéral de ce genre d’hospitalisation sous vidéo surveillance, où les secteurs ouverts ne le sont que jusqu’à 21h. Une fois installé dans ces vieux murs pleins de secrets, une fois un peu anesthésié dans les boucles rythmiques, c’est quelque chose que l’on peut lire parfois dans le regard des visiteurs qui marchent sur la pointe des pieds, qui baissent les yeux. Ceux qui viennent en tournant sur le périph' visiter ceux qui tournent. Ce sont de ces secrets des murs que ma douce et petite cousine ne voulait pas affronter. Elle ne les connaissait que trop bien... et a choisi une autre solution. Dieu sait que j'ai pleuré d'elle ici. Dieu devrait en avoir honte !

Pourtant, cette expérience – qui n’en finit pas de se terminer – m’aura montré qu’une fois de plus, les apparences sont des putes. La souffrance et la bienveillance peuvent se rencontrer dans les lieux que l’on aime cantonner à leur image d’Épinal et quelques préjugés, c’est confortable. Il n’y a donc pas que les luttes qui convergent pour du meilleur !  Retrouver ses esprits est l’expression qui me vient en premier. Se soigner, se réparer, réapprendre à vivre après quasiment 5 mois de phase mixte et décompensatoire épuisante pour moi, pour les autres. Décompenser c’est ne plus arriver à compenser...compenser ses émotions par la raison. C'est comme ça que peu à peu, dormir, lire, écouter de la musique,... j’étais devenu incapable de vivre, tout bonnement. J’ai pu réparer le thermostat... Retrouver ses esprits, prendre soin de soi,  à condition aussi d’accepter, de passer un certain cap, la souffrance ne te laissant pas de toute façon le choix si tenté que quelque chose te raccroche suffisamment au monde. Pour rester fou, mais juste ce qu’il faut.

Et puis les gens, les autres, ici. Aurélien le jeune pianiste et petit génie compositeur avec qui j'ai beaucoup échangé musique et que je reverrai. Christian le vieux cap'tain Haddock breton qui m'a fait rire et voyager de plages en bloc de granit. Thia la photographe pro qui m'invite déjà pour quelques plans photos dans ses montagnes, le gang des tricoteuses du salon, Pierrot cloitré dans son monde et qui fait la nique à Rain Man...toutes ces rencontres autant improbables que profondes, empreintes d'hypersensibilité, aussi lourdes que silencieuses parfois, mais que je n'oublierai jamais.

De cette expérience je mesure aussi à quel point il peut être cruel finalement pour les autres en bas, ceux qui tournent sur la 4 voies, de ne pas être toujours diagnostiqués ou tout simplement aidés... Les burn-out en devenir, les dépressions sous-jacentes, les crises d’angoisses étouffées, les suicides pensés, les borderline  enfumés, distillées, les psychorigides pressés, les deuils impossibles, la douleur éventrée. Oui, je crois que je mesurerai désormais aussi un peu plus les autres dans leurs propres souffrances, empêtrés parfois qu'ils sont dans le collet de leurs vies...

J’étais au fond. J’étais au fond d’un puits. J’étais au fond d’un puits dans l’eau croupie. Aujourd’hui me voici en tailleur sur mon lit, la pluie chante sur le Vélux© de la chambre numéro 17, secteur Château 1. Aujourd'hui me voici, sous le plic-ploc de la pluie.

Aujourd’hui me voici l’homme de ma vie !

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R
Par peur de ne pas avoir les mots justes, je ne dirais pas grand chose. Juste en passant vous faire savoir que je vous lis. Découvert votre blog il y a quelques temps, je passe de temps en temps. <br /> A défaut de mots, je vous envoie force et courage. <br /> Robert.
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B
...et en même temps rien de pire que le silence alors avec des mots ou pas sur mes maux, un grand merci pour ce commentaire, Robert. <br /> N'hésitez pas à vous inscrire à la newsletter pour vous tenir au courant de mes derniers articles, en espérant vous voir passer ici souvent !
J
Bruno vous me laisséz sans mots ! Pourtant il me faut vous faire savoir l’intensité du moment de lecture que vous m’offrez...merci plein de bisous . Nous sommes avec vous
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B
"Ne t'en fais pas, je vais mieux" comme dit le titre d'un livre...et c'est le cas. Toujours assez partagé dans ma tête sur le fait de partager la maladie en public. Mais on en parle tellement mal, réduite à quelques couvertures de magazines qui voudraient qu'une maladie puisse être à la mode, sans voir la souffrance qui emmène souvent jusqu'à la mort. Merci Mireille, votre petite dévote péruvienne a veillé sur moi durant mon séjour et même si je l'on ne se verra jamais je sais que vous êtes là !