http://www.libetoulouse.fr/2007/images/2008/02/18/jacquette_de_memoire.jpgThierry Discepolo, l’éditeur marseillais de la trilogie "De mémoire" de Jean-Marc Rouillan, un récit sur l’engagement dans la lutte armée de l’ancien militant d’Action Directe, anime une rencontre ce mercredi 15 février à la librairie Terra Nova. 

 

Après 23 ans de prison Jean-Marc Rouillan est en liberté sous surveillance électronique depuis le 19 mai 2011.

Une mesure assortie de l’interdiction de s’exprimer en public et dans les médias. C’est dans des conditions que le troisième tome de “De mémoire” consacré à la lutte des groupes d’actions révolutionnaires internationaliste (Gari) à Toulouse est sorti au mois d’octobre 2011.

 

Une histoire que Thierry Discepolo a choisi d’éditer non pas en défenseur des positions de son auteur mais «pour leur importance dans un débat public digne de ce nom».

 

LibeToulouse : Pourquoi publiez-vous les livres de Jean-Marc Rouillan ?

 Thierry Discepolo : Les trois volumes "De mémoire" de Jean-Marc Rouillan constituent un témoignage assez rare sur un moment récent de l'histoire européenne pour qu'il mérite d'être rendu aussi disponible que possible : l'engagement dans la

lutte armée autour des années 1970. En face de ces faits, les médias dont l'édition http://medias.lepost.fr/ill/2009/09/09/h-20-1689383-1252522556.JPGpeuvent faire le choix de l'effacement des mémoires ou de leur recouvrement par les analyses de spécialistes autorisés à diffuser la version officielle, celle des Etats et des classes dominantes. On peut à l'inverse donner à lire les analyses d'un militant qui s'est donné les moyens de mettre en récit, y compris littéraire, ses années de lutte. Et l'éditer non pas en défenseur de ses positions d'auteur et d'acteur politique, mais pour leur importance dans un débat public digne de ce nom : au service d'une vison conflictuelle de la démocratie dont on sait bien à qui le consensus est favorable

L'autre thème des livres de Jean-Marc Rouillan, souvent tissé avec le premier, relève d'un double portrait : celui du monde de la prison vu depuis l'intérieur (avec l'acuité de vingt-cinq ans de pratique assidue) ; et celui du monde de l'extérieur vue depuis la prison. Là encore, l'éditeur donne à lire un point de vue informé, aux intentions claires et en contradiction avec l'idéologie dominante : abolir le système carcéral. Sans parler du regard d'un prisonnier sur notre liberté...

 

Est-ce difficile pour un éditeur de publier un auteur interdit de parole?


 Thierry Discepolo : Question paradoxale adressée à l'éditeur de sept livres de cet "auteur interdit de parole", qui en a signé une demi-douzaine de plus chez six autres éditeurs et dispose d'un blog rassemblant une vingtaine de ses textes. Si on mesure la liberté de parole à la capacité (non pas théorique mais en pratique) de tout un chacun à être entendu, plus de vingt-mille exemplaires des livres de JMarc Rouillan ayant été http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/2/1/4/9782748901412.jpgaujourd'hui vendus, le plus grand nombre se fait rarement aussi bien "entendre"

Maintenant, il est certain que l'interdit qui est fait à Jean-Marc Rouillan de toute intervention publique n'est pas favorable au travail de diffusion de ses livres. La raison est bien connue : par prévenance, on doit protéger le prévenu des médias, après qu'un entretien paru dans L'Express l'ait renvoyé en prison avant la fin de sa semi-liberté en octobre 2008.  En même temps, on peut se demander pourquoi la protection de la justice ne s'étend pas à l'ensemble des citoyens ? Et dans un élan égalitaire : en limitant la liberté (de nuire) de la presse ?

 

Que pensez-vous de l’interdiction faite à Jean Marc Rouillan de s’exprimer sur les faits pour lesquels il a été condamné?


 Thierry Discepolo : S’il s'agit de donner un avis sur cette loi, qui s'applique à tout condamné, je vais manquer de compétence, et nous sortirions du cadre de cet entretien. En revanche, il pourrait être intéressant de comparer l'interdit qui pèse sur Jean Marc Rouillan avec la grande liberté d'intervention médiatique de ceux qui déjugent son passé et ses engagements politiques comme ses prises de position et ses écrits présents.

 

Propos recueillis par Jean-Manuel ESCARNOT

 

Trilogie “De mémoire“, aux éditions Agone.
Rencontre avec Thierry Discepolo mercredi 15 février à 19h à la librairie Terra Nova 18 rue Gambetta.

Tag(s) : #Fouilli LIBERTAIRE

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