Quand je vais chez mon médecin, dans la salle d'attente, il y a comme dans toutes les salles d'attente, quelques revues à feuilleter. C'est d'ailleurs marrant de constater les différences de revues en fonction des médecins.

Certains vous proposent un mélange de Voiles Magazine, de revues d'art contemporain, en anglais,  avec quelques Figaro Madame, la misère quoi ! D'autres, comme le mien, proposent un véritable melting pot de l'info et de genres :  du Paris Match, du Voici, du Podium, du J'aime lire, du Nouvel Obs, un poil d'Express, quelques Marianne, et dessous, là où j'aime aller fouiner il y a toute une pile de... Courrier International !

 

  L'autre jour je n'ai pas pû résister à l'envie, assez courante je l'avoue (pardon Doc'), de déchirer quelques pages que je n'ai pas le temps de lire pour les terminer chez moi une fois bien installé sur le trône...

Et c'est ainsi qu'arrive ici cet article de Mark Morford, Chroniqueur du San Francisco Chronicle, relayé (extraits) dans le dossier intitulé 1968-2008 et qui vous change des discussions de sorties d'école ! ( Oui, j'ai trop de respect pour les brèves et discussions de comptoirs, j'opte donc gratuitement pour la sortie d'école !). 

J'aime bien l'idée de "réhabilitation" développée dans cet article. Sur le fond et la forme, l'article de ce journaliste apparemment connu pour sa plume très acérée, m'a bien fait rire mais, pas que. 

Peace, Love and Massey Fergusson !

 

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Recyclage, produits bios, énergies renouvelables, souci du bien-être animal…
A qui doit-on tout cela si ce n'est aux vieux babas des années 1960 !


Qu'est-ce qui est positif et respectueux de l'environnement, et qui a lieu en ce moment même aux Etats-Unis ?

Ne me répondez pas  'la multiplication des armes à feu au Texas" ou "les interminables guerres injustes et ingagnables de Bush et Cie au Moyen-Orient", car cela ôterait toute sa raison d'être à cette petite chronique guillerette.

Non, je veux parler de la généralisation des ampoules basse consommation, des produits bios, des produits ménagers sans composants chimiques qu'on trouve même dans les magasins discount, de la protection des baleines et des dauphins, de cours de yoga qui fleurissent dans toutes les petites villes, des sex-toys sans phtalates vendus chez GoodVibes et de la Prius, la voiture hybride de Toyota devenue le plus étonnant signe de réussite sociale du pays. Des bonnes choses quoi !

Il n'y a qu'une seule conclusion à tirer de la stupéfiante (bien qu'intermittente et douce-amère) révolution écologique à l'œuvre : les hippies avaient raison sur toute la ligne. Oh ! que oui.

Vous savez bien que c'est vrai. Tout cet enthousiasme débordant pour guérir la planète, manger sain, éviter les produits chimiques, travailler en harmonie avec la nature et développer son moi ? Cela vient des hippies. La médecine douce ? Les hippies. Le coton bio ? Les hippies. Le bois récupéré ? Le recyclage ? Le souci du bien-être animal ? Le cannabis à usage thérapeutique ? Les énergies de substitution ? Les semences non-OGM ? Tout cela vient des babas cool (qui l'avaient eux-même tiré de cultures anciennes), des alternatifs, de l'underground, et il est temps que les médias et la classe politique toute entière leur envoient leurs excuses dans une enveloppe en chanvre.

 

Je vous soumets une suggestion de l'un de mes astucieux lecteurs ex-hippies : plutôt que d'acheter des droits d'émission de gaz à effet de serre pour soulager leur conscience, les industriels pollueurs devraient, pour compenser les terribles dégâts infligés à la planète toutes ces années, acheter quelques droits de karma aux anciens hippies. A ceux qui oeuvrent depuis cinquante ans à la santé de la planète, sans qu'on leur en soit reconnaissant, et qui se sont constitués un gros stock de bon karma. Qu'en pensez-vous ?

 

On peut, bien sûr, discuter sur le fait qu'une bonne partie de l'authentique philosophie hippie (l'idéologie anti-entreprise, la libération sexuelle, l'anarchie, la défense des droits civiques…) ait été totalement vidée de sa substance. Que les entreprises se sont appropriées, en les édulcorant, les moindres technologies et idées en faveur de l'environnement pour les rendre à la fois alléchantes et rentables. Si l'on est vraiment cruel et peu clairvoyant, on peut dire aussi que le mouvement hippie a été incroyablement surestimé, que sa réputation est démesurée par rapport à son impact réèl, qu'il n'a pas été grand-chose d'autre qu'un gros prétexte pour se lâcher, participer à des orgies sans prendre ses responsabilités, consommer des drogues à tout-va, échapper à la guerre du Vietnam, ne pas se laver pendant un mois et appeler son enfant Tournesol ou Lune Shiva ou Chakra Lennon Saphir Abeille. C'est ce qu'on appelle la vision réac de base. Elle fait allégrement fi de l'histoire et de l'évolution de la culture en général.

Mais après tout, qu'importe ? Les preuves sont suffisamment faciles à trouver. Les fondations jetées par la contre-culture des Sixties sont restées tellement intactes et tellement solides que même le plus hostile des néoconservateurs est obligé de le reconnaître. Il n'y a qu'à voir : Treehugger.com est le nouveau canard hippie underground des années 1960, l'ecstasy le nouveau LSD, les tatouages les nouveaux cheveux longs...Et des groupes de rock aussi différents que Pearl Jam, Bright Eyes, NIN et les Dixie Chicks écrivent des chansons férocement anti-Bush et antiguerre, destinées à une nouvelle génération ultrablasée.

 

La contre-culture, c'était résister au statu quo et combattre le pouvoir tyrannique des entreprises et des politiques, ouvrir sa conscience et imaginer de nouvelles possibilités pour vivre avec quelque chose qui ressemble à un vrai respect de la planète, des cultures différentes, de son prochain… Bref, toutes ces conneries de hippies auxquelles plus personne ne croit. Pas vrai ?

 


 
Extraits du San Francisco Chronicle, Mark Morford

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