Un dessin inspiré du projet photo quelque peu particulier de Romy Alizée découvert via Tumblr...avec une très belle présentation que je vous livre ci-dessous.

Je publie désormais mes dessins sur Tumblr, seul site qui permet réellement une publication au format d'origine et sans perte de qualité. Ca s'appelle Bulles de Bop et c'est par ici : http://bulle2bop.tumblr.com . Mes derniers dessins : Portraits de la renversante Louise Brooks, Hot Red Chief...

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" Comment dire ? Il y a l’écran. Vous savez, cet écran. Comme une fenêtre étroite par où le soleil brûle jours et nuits. Par où grimacent les trolls. Par où s’aiguise le chant de l’oiseau bleu. Par où se déroulent des bornes de toiles emmêlées sans une seule araignée pour vous mordre les pieds. Ne trichez pas. Vous savez, bien sûr que vous savez ! L’écran. Vous y avez plongé plus souvent que dans tout autre flot, toute autre lande, tout autre abîme, tout autre regard. Parce que là-bas, seulement là-bas, les dieux dansent ! Les dieux des parfums, des voitures, des savons, les dieux des régimes-minceur et des voyages, des sites de rencontre, des rasoirs électriques, des smartphones et des films d’action. Banale perfection ! Courbes denses, muscles saillants, cheveux de soie, c’est la jeunesse éternelle des sourires en toc, jeunesse des fantasmes consensuels, jeunesse des sommets, où la neige ne fond jamais. Aujourd’hui bien sûr, vous ne les trouvez plus si beaux. Leurs danses incessantes ne vous provoquent plus, parce qu’ils ont oublié de vous connaître, ils sont devenus étranges, de pauvres dieux, sans odeur, sans pitié, de pauvres dieux sans rêve. Alors vous aussi, certainement, vous avez dû vous lever. Souffler, pisser, crier peut-être. Et chercher dans l’urgence de quoi démolir l’écran. Mais vous n’avez rien trouvé, pas la moindre arme, aucune sortie de secours. À moins qu’une nuit, Romy n’ait croisé votre route. Son projet photographique, The Room got heavy, n’a pas d’autre but que celui-ci : ébrécher les petites fenêtres LCD. C’est un marteau. Un incroyable petit marteau brise-vitre. Et nous sommes nombreux déjà à nous en saisir, à le brandir en l’air pour crever enfin l’écran, abattre les murs et les fenêtres trompe-l’âme, retourner les yeux vers l’intérieur, vers le présent, vers un monde de sueurs, retourner à la pulpe, retourner à la salive. Romy donne à voir une jeunesse tapie de l’autre côté du miroir : notre jeunesse. Multiple, elle se conjugue à l’imparfait, à l’alcool d’épicerie et aux longues nuits de Spleen. Elle est trop vieille quand ses semelles sont neuves ; Dupe de rien, héritière de tous les chaos, née défaitiste, déjà nostalgique de tant d’âges d’or révolus. Or justement, il y a chez Romy, au coeur même de sa démarche, une mélancolie qui me parait miraculeuse. C’est sans doute, comme elle le dit, un refus de dire adieu, quelques gestes frénétiques pour ramasser les restes d’un soir : capote dans la poubelle, taie d’oreiller parfumée, empreintes de cendre au sol et le lit vide, défait. Mais son approche s’étend au-delà, parce que son refus opère instantanément, alors même que les coeurs se rencontrent, que les sens fourmillent. Son appareil devient l’instrument d’un désespoir solaire, de la volonté de vivre à-rebours ou peut-être d’un rêve fou, celui de s’affranchir, d’être plus agile, plus adroit, plus emporté que sa propre existence. Courses orbitales, échappées belles ! Voilà sans doute la seule condition de l’homo numéricus. 

Ainsi, forant péniblement à l’aide de son petit marteau brise-vitre, elle découvre le territoire du vrai, celui de la présence pure, archaïque, de l’homme à l’homme. J’ai eu la chance de pénétrer le minuscule studio de Romy. C’est une chambre génitale et génitrice, un lieu de souffles mêlés aux murs tapissés de corps, des corps si beaux d’imperfection : poitrines, tendons, cuisses, ligaments et ossatures. Un lieu à son image, c’est à dire qu’elle ne vous intime rien, mais qu’elle vous est intime en tout. Modèle depuis plusieurs années, Romy sait rencontrer son sujet, l’aider à se dépouiller maladroitement de son costume en tissu, et de celui plus lourd en toiles invisibles. Commence alors non pas la capture, mais l’offrande, timide d’abord, puis libre et voluptueuse, comme une guerre sans ennemi. Deux êtres, deux pulsions, vitales et dérisoires, se percutent enfin. Personnellement, je ne connais pas d’expérience plus humaine."  - S.C.R.I.B.E. 

Romy - The room got heavy en dessin...
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