Tout part de cet article lu sur Rue 89...concernant le "coming out bipolaire...

Pour l'avoir testé, je le regrette aujourd'hui car je constate qu'il n'a servi qu'à m'étiqueter d'avantage, je ne pense pas que les gens ou du moins la majorité, au regard des réactions et de l'incidence sur les relations, soient prompts à vouloir comprendre quoique ce soit en matière de "déséquilibre" psychique.

Diagnostiqué depuis 4 ans, on me parle encore de simple cyclothymie ou de maladie "à la mode"... j'en viens à souhaiter à certains une bonne grosse dépression afin qu'ils puissent se rendre compte à quel point la volonté n'a rien à voir là dedans. Je me rends compte en ces temps de fin d'année où l'on a tendance à faire le point que tout cela débouche sur un fait pourtant prévisible : je n'ai plus d'amis.

J'ai des collègues, dans un boulot qui se veut essentiellement social et relationnel. Je suis dans la relation, la communication, plus que la moyenne. Je chante depuis 3 mois dans une chorale dans laquelle j'ai été accueillis à bras plus ou moins ouverts, je ne suis donc pas isolé et je ne le dois qu'à moi qui, il y a encore peu, ne pouvais affronter la vie et l'angoisse du temps qui passe que tremblant au fond de son lit. Pourtant je reste seul avec cette hypersensibilité, mon ticket d'entrée pour un grand huit émotionnel ouvert 24 sur 24.

Je continue à penser qu'on joue toujours un rôle dans un groupe, qu'on est jamais nous même, qu'on avance masqué et trouve cela tellement désespérant. Il n'y a guère qu'avec les enfants que les masques tombent. Et ne m'accommodant d'aucun masque, ceux des autres me sautent à la gueule. J'ai été tellement médiocre, moyen, inutile aux yeux de ceux qui auraient pu faire de moi un homme que je me suis fait tout seul, sans recette...et je ne vois aujourd'hui que médiocrité, animé tout entier par une exigence autophage qui m'écorche.

Les fêtes sont enfin terminées...comme tous les ans je les passe en apnée mais je les passe, je cède à la tradition, en grande partie pour les enfants. La tempête que cela déclenche chez moi, angoisses, stress, désespoir, mélancolie mais surtout culpabilité de tout ça, s'apaise enfin.

Aujourd'hui. C'est l'heure des résolutions. On peut les voir comme de l'autoflagélation, moi je les vois plutôt comme un aveux de perfectibilité, qui peut participer au bien être personnel et donc commun. Je n'ai pourtant absolument aucune bonne résolution qui irait dans le sens de sortir d'une certaine solitude. J'aime au contraire de plus en plus me réfugier dans le silence forcé de la solitude.

J'aspire à retrouver une certaine hygiène de vie, indispensable pour favoriser l'équilibre chez un bipolaire, je le sais, l'ai testé, l'ai atteint, m'étonnant moi même jour après jour par tant de sagesse...et espérer toujours plus de pleine nature et de silence. J'admire les ermites, les bandits, les aventuriers...ceux qui font ce pas de côté. Je les rejoins et leur donne vie dans l'ivresse que peuvent procurer les livres et leurs récits. Mes seuls projets tournent autour d'horizons, de grands chemins de randonnées, mes seules envies pointent vers les vallons et les monts, un pas devant l'autre, les cuisses brûlées et les nuits de belles étoiles. Stevenson, compostelle, Gr34, Vélodyssée, Causses et crêtes, Fjords et falaises...et les feux de camp pour réchauffer l'âme, quelques rasades pour le coeur et le chant, pour sombrer, puis retrouver les pas et le silence de la vie, ne faire qu'un avec tout cela, comme me l'apprend la méditation, vivant, apaisé, au creux du monde. J'étais pourtant arrivé à un certain seuil méditant que cela m'avait appris à quel point les petits détails de la vie, au quotidien, pouvaient être aussi intenses, délicieux, vivants et salvateurs qu'un chemin de grande randonnée en solo ! Sorte de sagesse spirituelle de l'instant et de discipline qui m'avait montré que la force était en nous, cachée et ô combien surprenante ! Que l'ivresse de vivre pouvait être tellement en nous, sans artifices. Etre disciple ne résout pas tout pour autant, loin de moi l'idée de tomber dans cet écueil de cul béni, mais j'ai touché fièrement du doigt une dimension qui m'étais jusque là inconnue.

Et pourtant...s'isoler, "finir tout seul", tout ça n'est-il pas socialement incorrect ?

A t-on déjà vu quelqu'un se couper volontairement la langue ?

Et si 45 ans ?

Et si enfin j'acceptais tout ça, je le vivais ?

Et si enfin je domptais le flic et l'égo, ce surmoi tout tordu, pour moi, et indirectement être avec les autres, compatissant. Et même mieux...accepter des faiblesses qu'elles puissent être une force et quelque part une chance qui me ferait emprunter des chemins que je n'aurai jamais découvert avec les oeillères de la normalité !? Tout est toujours finalement question de chemins !

Que le chemin 2017 s'affirme comme la suite vivante à ce que j'ai fait de grand durant cette moitié de vie, mes filles d'amour ! J'ai repris la guitare et le micro la semaine dernière. Je compose à nouveau. Ce matin j'écris, alors que je n'écrivais plus depuis déjà bien des mois...et si le printemps commençait le 1er janvier ? :-)

Sur les chemins ...
Tag(s) : #PETITE HISTOIRE

Partager cet article

Repost 0