Je me sens confortable, au sec, moins seul, quand je suis tout entier dans du Virginie Despentes (non, c'est pas sexuel !)...des univers familiers, une façon d'appréhender les choses, les gens, l'histoire, les modes et les fantasmes. Et puis ces allusions musicales historiques communes qui me font frétiller à chaque fois !

D'une part, le passage ci-dessous est on ne peut plus d'actualité et tellement raccord avec cette  période pré-électorale où les radicalismes se mélangent si souvent les pinceaux et les couleurs ... le rouge et le bleu (marine) donnant toujours du  brun au final. Des flics, des 2 côtés !

D'autre part, il fait aussi écho avec un interview tout fraichement lu ce matin aux chiottes du célèbre keupon guitariste et internationaliste des Bérus qui nous servait de modèle il y a 20 ans, et qui expliquait que désormais son combat était régionaliste, qu'aujourd'hui les jeunes n'emmerdent plus le FN parce qu'ils votent FN, qu'être intermittent c'est forcément être un traitre et un suppot de l'état, etc...comme un vieil anar qui...comme un bon vieux con quoi !

 

Ils avaient regardé les pigeons, sans rien trouver à se raconter, un moment, puis Xavier avait déclaré, les yeux mi-clos :

— "Le jour de la révolution, nous ne serons pas du même côté des barricades." Tu te souviens que tu disais ça. tout le temps ?
— Je n’ai jamais dit une chose pareille.
— Mais si. Quand vous nous tombiez dessus parce qu'on n'avait pas la bonne
couleur de bombers...la gauche radicale, vous avez toujours eu Ia passion de faire la
police...
— Excuse-moi. je ne savais pas qu'en critiquant ton drapeau bleu blanc rouge j'allais blesser ta sensibilité au point que tu t’en souviennes, vingt ans plus tard. De
quoi tu te plains, papounet, I'histoire va dans ton sens, non ?
— " Le jour de la révolution, nous ne serons pas du même coté des barricades. »
Tu admettras qu’il fallait être con pour sortir des âneries pareilles...
— Tu vas y passer Ia journée ? Ne te fatigue pas. C’était pas moi. Tu confonds
— Bien sûr que tu l’as dit. Fais pas ton renégat.
— T'as pris un gros coup sur la tête, et c'est tout.
— Et moi j’avais envie de me dire : si on est pas du même coté, connard, c’est que
tu t'es trompé de révolution.

C’est vrai qu'il disait ça tout le temps. « Le jour de la révolution. » Ce n’est pas
qu’il soit devenu un renégat. C’est que la honte de s'être trompé à ce point lui
interdit de bien s’en souvenir. ll a un sentiment de défaite absolue. C’est un mot qui a
organisé sa vie. un mot comme un soleil auteur duquel il tournait. Et ça ne s'est pas
passé. Toutes les conditions étaient réunies mais c'est autre chose qui est arrivé. Et
si quelqu'un la fait, aujourd’hui, ce sera sans Iui. ll ne sera pas question de drapeau
noir, de barricades, Das Kapital, ni Makhno ni Bakounine. Ce sera quelque chose
que les gens de son âge ne comprendront plus. Les damnés de la terre ont changé de
visage, et du passé dont ils veulent faire table rase, Patrice fait autant partie que les
institutions corrompues. Une alliance ne s’est pas faite, qui était essentielle. A
présent, tout est en place pour que ceux qui n’ont rien se chargent de vouloir tuer
ceux qui ont encore moins, sous les encouragements ravis des élites : allez, idiots de
pauvres, entretuez-vous. L’économie n’a plus l’usage de toute une partie de la
population. Ils ne sont plus des travailleurs pauvres : ils sont des inutiles. Le seul
circuit qu'ils alimentent est celui des prisons. ll va bien falloir se débarrasser d'eux et
les élites comptent sur le peuple pour faire la sale besogne.

Vernon Subutex

Tag(s) : #DES MOTS ET DES AUTRES

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