Lire...à 6h27

Il y a des livres qui ne nous veulent que du bien...Le liseur du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent fait partie de ceux-là.

Dès que ça cause petites gens, de poésie du quotidien, de voir le beau dans le laid et le lisse apparent moi ça me touche ! L'histoire m'a d'autant plus parlé qu'une bonne partie se situe au cœur d'une grosse machine d'usine qu'il m'arrive parfois de côtoyer. Rajoutez de l'humour, une petite intrigue pleine d'optimisme, la légèreté d'un poisson rouge, le lyrisme des toilettes publiques d'un hypermarché de banlieue parisienne et bien sûr l'univers d'un liseur et donc des livres et de la lecture et vous dévorerez sur ces même pas 200 pages en quelques heures le sourire au bec !

J'ai passé trop d'année à ne plus lire, j'en suis guéri et cela change ma vie par bien des aspects...je ne saurai que conseiller ce livre pour se remettre doucement au plaisir de lire. Il y a aussi L'extraordinaire voyage du fakir resté coincé dans une armoire Ikéa de Romain Pertolas qui peut avoir le même effet, avec beaucoup plus d'humour...du léger, du frais, des bouquins d'entre-deux...qui, oui, enchantent.

J'ai entendu récemment que plusieurs études tendaient à démontrer que la lecture de roman favorisait l'empathie, l'"habileté sociale".

"Entrer dans les mondes imaginaires des romans améliore notre empathie et notre capacité à adopter le point de vue d'autrui. Cela peut même faire évoluer notre personnalité. Ainsi, si se laisser happer par un livre peut paraître un acte solitaire, c'est en fait un exercice d'interaction avec nos semblables. Cela peut affûter notre cerveau social, si bien que, lorsque nous posons notre livre, nous sommes potentiellement mieux préparés aux interactions avec les autres et même à l'amour."

...cecicela expliquerai du coup quelques frustrations à la douzaine dans mes relations à certains z'autruis :-), à moins que cela démontre que je ne lis peut-être pas encore assez ? Que le livre leur et nous vienne en aide ! Amen.

La chouquette est à la pâtisserie ce que le minimalisme est à la peinture!

Pendant de longues minutes, Guylain n'avait pu détacher son regard du tuyau qui pénétrait dans la bouche de son père. Fasciné, il avait contemplé le visage frémissant à chaque nouveau va-et-vient de l'infernale machinerie qui étirait ses soufflets à la droite du lit. Un homme en blouse blanche était venu trouver son grand-père et avait évoqué un départ imminent au milieu d'un filet de mots chuchotés. Aussi, lorsque deux jours plus tard le garçonnet avait vu à la télé ces hommes casqués et engoncés dans leur imposant scaphandre orangé saluer la foule du haut de la passerelle, son cœur avait bondi dans sa poitrine. Les visières abaissées ne laissaient rien paraître de leur visage. Tous avaient ce tuyau qui sortait de leur casque, ce même tuyau qu'il avait vu à l’hôpital. Son père était là, il en avait eu la certitude, parmi ces silhouettes qui se dirigeaient d'une démarche pataude vers l'écoutille pour disparaitre dans le ventre du grand vaisseau. A 12h41 ce 30 août 1984, devant les yeux émerveillés de Guylain, la navette Discovery s'était arrachée de son pas de tir dans un bruit assourdissant, emportant les six hommes dans l'espace. Et quand une heure plus tard, sa grand-mère était venue lui annoncer d'une voix brisée par la douleur que son père était parti, il n'avait rien trouvé d'autre à répondre que ces deux mots : Je sais. Après toutes ces années, le gamin de 8 ans qui survivait en lui avait gardé l'espoir absurde que ce père qui se baladait d'étoile en étoile lui reviendrait un jour. Rien, pas même les pelletées de terre qui avaient claqué sur le bois vernissé du cercueil, n'était parvenu à le convaincre du contraire.

Le liseur du 6h27

On attend d'une dame-pipi qu'elle nettoie, pas qu'elle écrive. Les gens peuvent concevoir que je fasse des mots fléchés, des mots croisés, des mots mêlés, des mots cachés, des mots enfermés dans toutes sortes de grilles. Ces mêmes gens peuvent également admettre que je lise à mes heures perdues des romans-photos, des hebdos féminins, des magazines télé, mais que je pianote de mes doigts abîmés par l'eau de Javel sur le clavier d'un ordinateur portable pour y coucher mes pensées, ça, ça leur interpelle l'entendement. Pire, ça porte à suspicion. Il y a comme un malentendu, une erreur de casting. Dans le monde d'en bas, même un malheureux portable de dix pouces allumé à côté de la soucoupe des pourboires finira toujours par faire tâche dans la paysage. (...) Alors s'il y a une leçon que j'ai bien apprise en près de vingt-huit ans de présence sur cette Terre, c'est que l'habit doit faire le moine et peu importe ce que cache la soutane. Depuis je fais illusion, je donne le change.

Le liseur du 6h27

Et pendant ce court temps où ils se substituent à ma vue derrière la porte des cabinets, quels que soient leur condition ou leur statut social, je les sais revenir à la nuit des temps, dans cette situation du mammifère satisfaisant un besoin naturel, le fessier vissé à la lunette, le pantalon tire-bouchonné autour des mollets, le front dégoulinant de sueur tandis qu'ils ahanent sous l'effort pour ouvrir leur sphincter, tout seuls face à eux-mêmes, loin du monde d'en haut.

Le liseur du 6h27

On peut s'attendre à tout de la part d'un constipé, même à rien.

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