Travailler partout pour ne travailler nulle part...c'est la pensée avec laquelle je me suis réveillé en ce petit matin de petit dimanche à rebours. A rebours d'une heure de décalage horaire, pour fêter un nouvel hiver qui se pointe...

Travailler partout pour avoir finalement ce sentiment de ne travailler nulle part, de ne faire partie d'aucun décor ni de ces habitudes qui plombent les semaines et les années. Pour ne jamais avoir sa propre tasse à côté de la cafetière de service dans la commune salle de repos, celle avec le smiley. Ne pas avoir de communs.

Je viens de passer à  nouveau 3 jours qui m'ont semblé 3 semaines, dans le hall aseptisé d'un immense hypermarché du Tarn-et-Garonne, chemisé, badgé, estampillé d'honnêteté et de sourires forcés, à traquer l'avis de la ménagère de moins de 50 ans, ou de plus de 35 selon les quotas à atteindre et qui finissent par vous obséder. Quelques jours avant je travaillais une fois de plus 12h non-stop habillé en jaune fluo à clouter des câbles dans le macadam et programmer des boites à compter les voitures au bord des fossés du pays basque. Peu de temps avant je me suis laissé aller à accepter une mission de "chef d'équipe", moi, chef ! Chef de petits étudiants fauchés qui me vouvoyaient, de ouèch ma gueule des cités et de petits retraités misereux,  ...

 

Et puis il y a eu encore une fois les vestiaires du Géant Casino où tu ne passes qu'en coup de vent, le temps d'une pause clope, dans le chant des compteuses d'une grande surface silencieuse, la nuit. C'est dingue à quel point le décor d'un hypermarché vide d'humains peut vous jeter à la gueule l'ineptie de nos vies de consommateurs conditionnées, dans l'attente passive de notre DLUO. Décor de superficialité, chaleur pâle des têtes de gondoles qui font  le quotidien de certaines vies de labeur. J'en ai du mal à  l'imaginer, la nausée, je ne fais que passer...

Parfois et plus que tout il y a aussi l'envie de ne faire que passer mais en apnée, le temps de quelques heures ou d'une journée quand entre 2 bennes d'un Gifi de banlieue, au coin fumeur du personnel, tu te retrouve nez a nez face au calendrier à l'effigie du directeur du magasin paré de sa meilleure mine, en souvenir du séminaire de Megève, ou du classement des meilleurs employés, le tout surmonté d'une belle accroche à la poésie tendance action-commerciale-force-de-vente censée motiver le troupeau...

 

Je ne fais que passer, et je me plais à toujours me le rappeler, comme un remède à  l'ennui, ou peut-être  à  certaines incapacités que j'ai appris maintenant à accepter. Je ne fais que passer, comme la garantie d'une certaine liberté ...celle de se dire que je serre les fesses aujourd'hui pour mieux regarder passer les nuages demain. La liberté de respirer et d'écouter mon souffle. Demain...

J'ai justement choisis demain de signer pour un contrat de 2 mois...des semaines de 35 heures divisées équitablement  en 5 jours, un truc trop bizarre à  première  vue,  quotidien, hebdomadaire, en boucle, avec des week end de 2 jours consécutifs, dans une équipe fixe, un réveil qui va sonner tous les matins à  5h. Je vais trier du colis dans le tourbillon des achats de Noël et des 3x8 de la grande machine postale ! Une fin d'année dans une certaine stabilité professionnelle, comme un challenge à relever, avec l'envie d'y arriver. La nouveauté se faisait un peu rare ces derniers temps niveau intérim et j'en devenais quelque peu amer pour ne pas dire aigris à bien des égards.

Alors autant partir la fleur au fusil...dans ces grands entrepôts sécurisés aux couleurs d'un jeu de Mécano géant dans lesquels je vais jouer au playmobil, petit maillon de la grande chaîne de distribution de cadeaux de Noël ...merde, c'est beau quoi ! Au pire, ou au mieux, c'est selon, j'apprendrai à  serrer les fesses un peu plus longtemps que d'habitude, mais j'apprendrai, j'en sortirai forcément  enrichi, pas que du porte-monnaie, et c'est bien là l'essentiel ! ...à suivre. Ou pas.

 

 

 

 

Tag(s) : #PETITE HISTOIRE

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