Voyager dans les livres c'est parcourir le temps et les continents, se délecter des mots, des histoires d'hommes, des styles...et, comme pour la musique et tout ce qui m'émerveille, il faut absolument que je le partage, que j'extériorise, le garder uniquement pour et en moi c'est comme gâché...

Est-ce normal dans un fonctionnement des hommes où le partage est devenu d'avantage une posture qu'une réalité, dévoyé...alors que les moyens d'y arriver en sont pourtant décuplés ? Je suis un éternel frustré du partage, alors je poste comme des bouteilles à la mer, de temps en temps. Allez savoir pourquoi, après je me sens comme soulagé...comme si le plaisir ne pouvait pas être entier sans ce petit quelque chose, un récit du récit, un peu comme après avoir vécu une superbe aventure, un moment à part qui nous marque, unique à nos yeux, et qu'on fourmille d'envie de le raconter, simplement pour le plaisir du partage. Pour laisser ce petit quelque chose en passant. On en revient toujours à ça finalement. Ce petit quelque chose qui boucle la petite boucle. Faire le tour, le tour du contour.

 

...ce petit quelque chose"

 

Puis je me réfugie dans les bras et le souffle de ma belle, ma chaumière, mon amour et tout redevient simple évident et instant présent, consolant la tragédie de ne faire que passer...

Voici donc quelques lectures que j'ai aimé, adoré, voire plus, en ce début 2015. Voici quelques extraits de pages cornées de plaisirs. Douces lectures retrouvées. Je ne veux plus jamais dire bêtement comme ce fût le cas : "bof, moi j'lis pas !" Je (re) mesure maintenant à quel point lire c'est reposer son cerveau des parasites du dehors, c'est prendre soin de soi, travailler sa capacité d'imaginer, d'inventer, gagner en finesse d'esprit. J'ai bien peur que ne pas prendre ce temps aide au contraire se laisser gagner par les parasites du dehors au point de n'en faire que partie intégrante.

 

 ...extraits de pages cornées."

 

***

 

La conjuration des imbéciles - J. K. TOOLE

 

Bouquin délirant à souhait...mais autour d'une intrigue rondement menée...et des tirades de textes, du genre qui ne laisse pas le temps de reprendre son souffle. On est souvent comme en apnée sur le récit, seul les points permettent de reprendre son souffle comme on reviendrait des profondeurs mais par un rire explosif, sensation forte agréable. L'histoire d'un vieux garçon aigri et psychopathe mais quelque part tellement réaliste et alerte sur la misère du monde, qui nous rappelle que l'on peut tant apprendre aussi des délires des dits "malades mentaux". Un livre qui m'a beaucoup parlé car un personnage qui outre le fait qu'il ne soit pas très équilibré dans sa tête (ou peut être trop pour ce monde de fous) est un écrivain poussé à sortir de chez lui en acceptant n'importe quel petit boulot à la con qu'il prend systématiquement comme un privilège qui lui est confié, transformant la mission en un investissement plein d'humanité et bourré d'idéologie paranoïaque...oui c'est ça en fait, un fou, mais qui déborde d'humanité au point de faire de sa vie une véritable aventure. Une superbe histoire de John Kennedy Toole.

J'ai choisi ce bouquin au départ pour la petite histoire de l'auteur qui a écrit ce livre en 1961. Il s'est battu en vain pour que ce qu'il considérait comme un chef d'oeuvre soit  reconnu, s'en est suicidé. Sa mère a reprit le flambeaux et le livre fut édité en 1980. On cri alors au génie, en pleurant tous les livres qu'il n'aura pas pu écrire...histoire d'un gâchis dans un monde qui n'écoute pas.

M’est avis que mon organisme doit sécréter quelques musc qui attire et enrage les agents de l’autorité. (...) Telle une chienne en chaleur, je semble exercer une forte attraction sur une meute de policiers et de fonctionnaires de l'hygiène.
Le monde fera quelque jour ma perte sous un fallacieux prétexte. Je me contente d’ attendre le moment où l’on m’emmènera vers quelque’ cul-de-basse-fosse à air conditionné pour m’ abandonner sous les lampes fluorescentes du plafond insonorisé afin de me faire payer le mépris que j’ai toujours éprouvé pour tout ce que chérissent mes contemporains dans leur petit cœur de latex.

John Kennedy TOOLE - La conjuration des imbéciles.

Qu'est-ce qui me fait tant aimer les livres de Jonathan TROPPER ?

Né en 1970 on est de la même génération, d'une histoire commune. Il aborde des thèmes dans lesquels je me reconnais, des histoires de ruptures systématique de mort, de séparations, de deuils à faire, qui font prendre aux protagonistes de ses histoires des virages de vie assez soudains, ou des voies de dégagement plus douce, mais qui les font toujours sortir d'une vie trop établie pour être honnête...et puis le calme, retrouvé, après la tempête. On en sort nous même comme d'un mode essorage de machine à laver ! Tropper c'est comme baiser juste après des obsèques, ou du moins se dire qu'on est con de pas oser.

Le doute permanent, les remises en question, c'est évoluer, c'est être vrai, c'est chercher sa voie et remettre la main sur sa lampe de poche, et assumer la gueule de bois qui s'en suit...c'est aussi de ça que parle Tropper.

De nombreuses références historiques parcourant ses bouquins, des concepts du monde, de façon très générales, de sentir et ressentir le passé dans le déjà bon vieux présent, me parlent. Des pages empreintes de nostalgie de quadra, d'histoires d'amours passés, défunts ou avortés, retrouvés ou bien présents, que l'on triture, réssucite ou entèrre, qu'on aime tripoter, le tout transpirant d'hormones, d'orages et d'addictions qui reviennent aussi très souvent. Tout comme le cadre familial côté enfance, côté amour, côté conflits aussi.

Tout celà est écrit dans un style à la fois léger, d'un humour souvent noir de première classe, et piquant d'une poésie pimentée qui vous réchauffe les tripes...Qu'est ce qui me fait tant aimer les livres de Jonathan Tropper ?...c'est tout celà à la fois, et c'est tellement plus en même temps...

Comme à mon habitude, je termine souvent par où les autres commencent, c'est ainsi que j'ai bouclé enfin son oeuvre en attendant déjà le prochain par son best seller : Le livre de Joe. Juste avant, Une dernière chose avant de partir, Tout peut arriver...

L'auteur étant très cinématographique, si vous voulez découvrir l'univers de Tropper autrement, pensez au délicieux film C'est ici que l'on se quitte sorti en 2014.

Tag(s) : #DES MOTS ET DES AUTRES

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