Qu'est-ce qui me fait tant aimer les livres de Jonathan TROPPER ?

Né en 1970 on est de la même génération, d'une histoire commune en quelque sorte. Il aborde des thèmes dans lesquels je me reconnais, des histoires de ruptures systématique via la mort, la séparation. Des histoires de deuils à faire, qui font prendre à ses héros du quotidien des virages de vie assez soudains, ou des voies de dégagement plus douces, mais qui les font toujours sortir d'une vie trop établie pour être honnête...et puis le calme retrouvé, après la tempête. On en sort nous même comme d'un mode essorage de machine à laver ! Tropper c'est comme baiser juste après des obsèques, ou du moins se dire qu'on est trop con de ne pas oser.

Le doute permanent, les remises en question, c'est évoluer, c'est être vrai, c'est chercher sa voie et remettre la main sur sa lampe de poche, et assumer la gueule de bois qui s'en suit...c'est aussi de ça que parle Tropper.

De nombreuses références historiques parcourant ses bouquins, des concepts du monde, de façon très générales, de sentir et ressentir le passé dans le déjà bon vieux présent, me parlent. Des pages empreintes de nostalgie de quadra, d'histoires d'amours périmés, défunts ou avortés, retrouvés ou bien présents, que l'on triture, que l'on aime tripoter, le tout transpirant d'hormones, d'orages et d'addictions diverses qui reviennent aussi très souvent. Tout comme le cadre familial côté enfance, côté amour, côté conflits aussi, ce qui revient à la même chose.

Tout celà est écrit dans un style à la fois léger, d'un humour souvent noir de première classe, et piquant d'une poésie pimentée qui vous réchauffe les tripes...Qu'est ce qui me fait tant aimer les livres de Jonathan Tropper ?...c'est tout celà à la fois, et tellement plus en même temps...

Comme à mon habitude, je termine souvent par où les autres commencent, c'est ainsi que j'ai bouclé enfin son oeuvre en attendant déjà le prochain par son best seller : Le livre de Joe. Une dernière chose avant de partir, Tout peut arriver...

L'auteur étant très cinématographique, si vous voulez découvrir l'univers de Tropper autrement, pensez au délicieux film C'est ici que l'on se quitte sorti en 2014.

Malgré les maisons bien tenues, les gazons impeccables, il émane de cette obsession quotidienne de netteté un désespoir latent, comme si aujourd'hui plus que jamais, ces demeures briquées avec soin n’étaient que de simples façades dissimulant des dommages cachés irréparables.

Le livre de Joe - J. Tropper

Les cercueils portent tous des noms genre Wilton, Exeter, Balmoral et Buckingham, comme pour suggérerl’idée que le défunt entrera dans l'au-delà en tant que membre de la gentry britannique. Parmi les options au choix, finition cuivre, poignées en bronze ciselées à la main et capitonnage en crêpe couleur champagne avec oreiller et coussinets assortis. Les modèles haut de gamme sont équipés du système breveté de matelas ajustable Eterna-rest, et certains ont un couvercle intérieur décoré - grottes illuminées avec incrustation de la Madone ou reproduction de la Cène. Seule l’envahissante omniprésence de la mort empêche ce business de sombrer totalement dans la farce.

Les larmes menacent de me submerger à nouveau. Je décide de faire le vide dans mon esprit et de respirer à fond. J'ai soudain la tête qui tourne, conséquence de ma crise de panique, et j'appuie mon front contre le cuir douillet du volant en fermant les paupières. La solitude est une chose qui n'existe à aucun niveau de la conscience. C'est le plus souvent un battement sourd, à peine perceptible, comme le ronron d'un moteur de Mercedes arrêtée sur le bas-côté. Mais lorsque les vicissitudes de la route l'appellent, une accélération brutale transforme le bourdonnement en un rugissement tonitruant, viscéral, et l'on se souvient alors de ce que la bête avait sous le capot.

Vous pourrez baiser autant de fois que vous voudrez, vous briser la voix à coups de grandes déclarations, cependant, pour se sentir vraiment un couple, il suffit d’arriver à quelque cérémonie formelle, habillés pour la circonstance et marchant du même pas. Je prends une seconde de plus pour savourer ce sentiment tandis que Carly et moi gravissons les marches du parvis de l' église Saint Michaeïs, où se déroule l'enterrement de Wayne, afin de respirer
pleinement cette sensation par tous les pores de ma peau, conscient qu’il s’agit d’une perception fugace, trop vite assimilée, comme on absorbe de l'oxygène sans y penser.
Le ciel affiche un gris violent, menaçant, et l'air, lourd et moite, annonce déjà l’orage. Un temps idéal pour un enterrement. Je sais que Wayne aurait apprécié, connaissant son sens de la dramaturgie.

Mille neuf-cent quatre-vingt-six était une bonne année pour être un adolescent amoureux. Le taux de chômage était bas, la Bourse était au top, partout l'optimisme régnait. (...) C'était si paisible qu'il avait fallu renvoyer Rambo au Vietnam pour avoir un peu d'action. Nous n'avions ni Internet, ni groupes grunge pour diluer notre innocence dans l'ironie, pas plus que de tueurs en série starifiés ou de films indépendants pour donner de l'attrait aux ténèbres. La joie de vivre était encore considérée comme un truc acceptable en société.

Je suis né. j’ai grandi. Maintenant, je vais crever. Et quel est le bilan ? Ni gamins, ni douce moitié, ni personne dont j’ai enrichi l’existence. Rien. Je ne laisse rien derrière moi. J’ai la trouille de crever, évidemment, mais pus encore, j’enrage à l’idée que ma vie ne servira au mieux que l’histoire édifiante aux yeux des gens. Il n’y a que deux possibilités, en fait, dis-je d’un air pensif. Soit il y a une vie après la mort, soit il n’y en a pas.
- Comme c’est profond.
- Ta gueule. Si c’est un prête que tu voulais Tu n’avais qu’à escalader le toit de l’église.
- -Bien vu concède Wayne en souriant. Continue je t’en prie. Je meurs d’envie de connaître la suite.
- Comme je l disais s’il y a une vie après la mort et que notre monde n’est qu’une salle d’attente, peu importe que tu te sentes si infructueux puisque tu vas pouvoir repartir de zéro
- et s’il n’y a rien ?
- -dans ce cas, nous finirons tous sous six pieds sous terre. Chacun son tour. Alors à quoi bon se prendre la tête ?
- Wayne me regarde d’un air interloqué.
- En gros, ce que tu es en train de me dire, c’est que s’il y a une vie après la mort, rien de ce qui s’est passé ici n’a d’importance… et s’il n’y en a pas rien de ce qui s’est passé n’a d’importance.

Tag(s) : #DES MOTS ET DES AUTRES

Partager cet article

Repost 0