...Billy commençait l'année les yeux un peu mouillés à l'écoute cette superbe chanson. La vie ne lui avait même pas laissé le temps de ne même pas tout se dire, son père et lui. Est-ce pour ça qu'il avait prit l'habitude impudique de se raconter et se la raconter sur son blog, aux yeux de tous ? Il ne savait pas trop, il s'en foutait. Ce que Billy ne savait que trop bien en revanche c'est qu'à l'âge 13 ans, un cercueil sur l'épaule, c'est bien trop lourd et ça vous pète le dos pour toute une vie. Le cercueil de son père si tôt, à bout de bras, avait figé le temps d'absences injustifiées, de manques et de questions sans réponses toute une adolescence sans fin. Billy comblait tout ça comme il pouvait mais pas toujours comme il le fallait et finissait aussi par ne plus voir que sa propre souffrance. C'est qu'au milieu des années 80 le  pédo-psy on y pensait même pas pour les p'tits cons dans son genre, on faisait ça de façon artisanale avec le vieux parrain qui sentait la pute et le whisky, les vieux copains décalés, on faisait ça comme on pouvait. Comme avec une enclume reçue en pleine gueule un soir d'été.

Alors à 14 ans Billy s'est retrouvé comme amputé, une seule jambe, devenue poilue. Il s'est mit à courir dans le mauvais sens, évidemment, allez donc courir avec une seule jambe vous ! Et dans ce mauvais sens il est devenu ce qu'il est aujourd'hui, avec ses béquilles et ses hématomes bien planqués, faussement cachés.

Et puis un jour, ou quelques années après, entre une vieille paire de lunettes carrées et le cuir d'une paire de chaussures ensanglantée, Billy a retrouvé le costume de mariage mité de son père, avec bizarrement 2 tailles en dessous de la sienne. Il se souvenait être resté là devant ce petit costume bleu qu'il n'avait vu jusqu'ici qu'en noir et blanc sur d'anciennes photos d'avant lui. Il n'avait gardé de son père que l'image qu'on a d'un daron quand on pisse encore dans son froc. Un mec grand, fort et carré des épaules, et puis barbu à outrance. Dans les oreilles de Billy résonnait encore les souvenirs de ce père qui riait fort, et qui gueulait fort aussi, et filait des torgnoles quand la moutarde lui montait comme il disait, du haut de toute sa hauteur, et du gros de ses doigts. Billy fermait les yeux et revoyait aussi son père fort de râler devant les infos à la télé, et fort du sourcil sérieux qu'il fronçait en fumant sa pipe dans le canapé, feuilletant le Canard enchaîné ou Técé (Témoignage Chrétien). Il avait gardé aussi ce père fort de luttes et de réunions enfumées, tout là haut à Paris, à la fédé...et fort amoureux, aussi.

Billy n'avait gardé dans l'aigre et le doux de ses souvenirs que cette image d'un père simplement fort, simplement père. L'image d'une statue, lourde et solide, et à côté de laquelle on se sent forcément tout petit. Alors comment était-il possible que de son petit mètre soixante dix Billy n'arrive pas à rentrer dans la veste de costume de mariage de son père ?! Il n'en revenait pas de grandir d'un seul coup comme ça, face à face avec un père devenu en un instant plus petit que lui.

Un peu plus tard Billy jetait l'encre et un peu de poids de l'enclume sur une île faites d'un creux d'épaule, d'une oreille et de reins parfumés, où tout n'était qu'amour et passion. Son amour, sa chaumière.

Les photos de son père n'avaient même pas eu le temps de jaunir qu'il lui fallut encadrer celles de sa mère. Le peu qu'il lui restait mettait à son tour les bouts, et puis les autres avaient suivi eux aussi, sans laisser le temps à Billy de reprendre son souffle. Billy était resté en apnée. Ca sentait le sapin partout, c'était pas d'bol, et les meilleurs toujours trop tôt comme ils disent connement quand il n'y a plus rien à dire.

Va niquer ta mère la mort !

Comme un bras d'honneur tout en tournant merdeusement les talons vers l'amour et son île, devenue tout petit continent, Billy avait donné la vie et inscrivait la sienne dans l'histoire des hommes, de ceux qui deviennent papa. Une nouvelle fois il grandi d'un seul coup, reprenant son souffle en fixant ses mains désormais pleines de gros doigts.

41.

A peine le temps d'inverser le 1 et le 4 et Billy chassait déjà les cheveux blancs sur ses tempes poivre et sel. Puis 42 balais, essoufflé, de vouloir toujours être aimé, jamais assez.

Ce matin là Billy se levait à 4h30 du mat pour aller faire le con, dans un boulot à la con, quand il se dit devant son café que son père aurait 71 ans en ce jour d'anniversaire de début d'année. Putain ! 71 ans ! Tout petit, tout sec et tout seul dans sa boite et dans son trou plein de fleurs fanées, mais toujours aussi grand qu'une statue autour de laquelle la ville grouille et la vie continue. Et comme dans la peau d' un p'tit con de 42 ans Billy se dit en noyant son café qu'au final on en revient toujours au début en se mordant la queue : de même pas pouvoir ne pas tout se dire comme le disait si bien la chanson, on se perd un petit peu. Oui, il y a forcément un peu de ça. Un psy en fera certainement ses choux gras, mais...

Mais vas niquer ta mère la mort !

T'as salé mon café mais,

c'que tu m'as enlevé m'a rendu plus carré !

Je rie fort la mort ! je râle fort !

Et je te la met surtout bien fort la mort !

Ma vie intense, ma vie passion,

Bancale, boiteux mais vivant la mort !

Ici et maintenant !

Un fils à papa oui, mais autrement, bien plus vivant !

Prends moi si tu veux, c'est quand tu veux !

Quelque part tu m'as sauvé

Alors j'ai gagné connasse,

Et va donc niquer ta race !

 

 

Tag(s) : #MA N'HISTOIRE, #PETITE HISTOIRE

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