S'asseoir, se promener, et se délecter simplement de son prochain, l'observer et traduire ce qu'il nous raconte, une de mes activité favorite, avec ou sans appareil photo...

Pour retrouver son calme, elle se concentre sur les gens autour d’elle. Maria Cristina est fascinée par les femmes laides et avenantes - les femmes avec de très gros bras blancs recouverts d’une irritation pareille à un érythème, le menton qui disparaît dans le cou, les traits aplatis par le surpoids, la bouche comme un bouton et les yeux étrécis à cause des lunettes (montures rigolotes, verres épais de myope), elles portent de très gros colliers fantaisie (perles en bois disproportionnées), des robes floues mais sans manches (et c’est à ce genre de détails qu’on devine que ces femmes sont à l’aise avec leur embonpoint), elles ont les épaules tombantes, bouteille Saint-Galmier. Elles sont si désinvoltes, si aimables, qu’on a envie de s’approcher d’elles et de demeurer dans leur rayonnement. Les enfants voyageurs ne s’y trompent pas. Quand ils pleurent et qu’elles leur parlent (Maria Cristina n’oserait jamais adresser la parole à l’un de ces enfants de peur qu’il ne se mette à pleurer de plus belle), ils se calment instantanément et se mettent à converser de façon rudimentaire avec elles. Elles leur parlent fort comme si elles avaient l'habitude des poupons ou des petits humains en général, comme si elles allaient sortir une guitare et entonner une chansonnette folk.
Les hommes qui accompagnent ces femmes sont chétifs, portent des chaussures de randonnée, assument une calvitie naissante et ont l’air agréablement surpris de fréquenter d’aussi «belles natures». .
L'observation, comme en tout temps, est une activité qui calme Maria Cristina. Que ce soit celle des animaux de la forêt ou celle de ses contemporains.



V. Ovaldé - La grâce des brigands

Photo : Billy Bop

Photo : Billy Bop

Partager cet article

Repost 0