Avec l'âge le gosier se tanne, le palais se corne. J'aime de plus en plus le whisky.

Je te sers un Verre, Luz ? Rien de tel qu’un bon scotch pour percer les murailles, c’est un rayon qui traverse les apparences. Dès la première gorgée, une étoile ouvre ses branches au fond de ton Ventre, elle voyage à travers les
canaux de ton sang, invente une autre réalité. Un mensonge parmi les vérités implacables, une hérésie parmi les dogmes intangibles. Il imprime un tangage à la pierre et jusqu’au béton qui se met à frémir. Oh, bien sûr, pas l'apocalypse, faut pas rêver, juste une pincée de doute jetée sur le monde. C’est mieux que rien, non ? Juste de quoi arrondir les angles, mettre une touche de vert dans un coin, un arbre ou deux ici, là des feuillages pour tamiser l’ombre, une jonchée de coquelicots, peut-être. Tu vois, ce n’est pas la révolution, à peine une image
un peu moins nette, un tremblement de la vie. Encore une petite rasade ? Tu sens poindre le frisson d’une question sans réponse, un peut- être parmi tous les il-faut, tous les c’est-comme-ça, les il-est-interdit-de, le soupçon d’une chose
indéterminée qui n’est pas advenue, d’un raté de l'existence. Entre la loi d’airain de l'argent, la logique des promoteurs et le rêve, entre l'enclume et le marteau, tu sens s’immiscer le souffle suspendu du doute, tu sens l'édifice
vaciller ? Alors tu t'interroges, tu dis oui, mais... pas un mais sûr de soi, péremptoire, non, un mais prononcé du bout des lèvres, une hésitation au milieu de la valse. Oui mais...ça pourrait ne pas être ça... ça pourrait être
différent, pas tout à fait la même chose... ça pourrait... Le mais incertain de l'incertitude, le mais de qui ne sait qui il est, d’où il vient, où il va, ne sait rien des vérités révélées et des réponses obligatoires.



Ali Bécheur - Le Paradis des Femmes

Le Paradis des Femmes _ 2

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