LE PARFUM de Patrick Süskind.

Je ne sais pas d'où est sortit ce livre mais cette version vieux livre de poche édition 1985 dont les pages jaunes exaltent déjà un parfum sec de vieux carton et de bois vermoulu de vieille bibliothèque m'a transporté...un "classique" passé par bien des mains avant d'arriver entre les miennes pour un régal de petit bijoux de roman !

Le livre commence dans une véritable puanteur, si bien retranscrite qu'on en vient à se sentir sale, et qui plante le décor d'un roman bien noir et cruel. Plus les pages se tournent plus les odeurs s'affinent, se précisent, inondent les mots et le nez, en images, et plus le récit passionne, même si ... Notre langage ne vaut rien pour décrire le monde des odeurs.

Dans un style poétique à souhait, précis, les nombreuses descriptions de paysages, de personnages, d'objets, nous sont menées par le bout du nez jusqu'à l'ivresse. Je me suis souvent surpris à dévorer ce roman toutes narines ouvertes et exaltées, snifant ligne après ligne, pour un voyage des plus stupéfiant !

 

Maintenant il sentait qu'elle était un être humain, il sentait la sueur de ses aisselles, le gras de ses cheveux, l'odeur de poisson de son sexe, et il les sentait avec délectation. Sa sueur fleurait aussi frais que le vent de mer, le sébum de sa chevelure aussi sucré que l'huile de noix, son sexe comme un bouquet de lis d'eau, sa peau comme les fleurs de l'abricotier... et l'alliance de toutes ces composantes donnait un parfum tellement riche, tellement équilibré, tellement enchanteur, que tout ce que Grenouille avait jusque-là senti en fait de parfums, toutes les constructions olfactives qu'il avait échafaudées par jeu en lui-même, tout cela se trouvait ravalé d'un coup à la pure insignifiance.

Notre language ne vaut rien pour décrire le monde des odeurs.

Le parfum était si divinement bon que Baldini en eut immédiatement les larmes aux yeux [...] Baldini ferma les yeux et vit monter en lui les souvenirs les plus sublimes. Il se vit, jeune homme, traverser le soir les jardins de Naples; il se vit dans les bras d'une femme aux boucles noires et vit la silhouette d'un bouquet de roses sur le rebord de la fenêtre, par où soufflait une brise nocturne; il entendit des chants d'oiseaux qui se faisaient écho et la musique lointaine d'une taverne du port; il entendit un chuchotement à son oreille, il entendit un "je t'aime" et senti la volupté lui hérisser le poil, là, maintenant, à cet instant même !

Notre language ne vaut rien pour décrire le monde des odeurs.

Et plus tard, quand il apprit par des récits combien la mer était grande et qu'on pouvait voyager dessus pendant des jours sur des bateaux, sans voir la terre, rien ne le séduisit tant que de s'imaginer sur l'un de ces bateaux, perché à la cime du mât de misaine et voguant à travers l'odeur infinie de la mer, qui de fait n'était nullement une odeur, mais un souffle, une expiration, la fin de toutes les odeurs, et dans ce souffle il rêvait de se dissoudre de plaisir.

Notre language ne vaut rien pour décrire le monde des odeurs.

[...] alors le flot de parfum devint une marée, elle le submergea de son effluve. Il fourra son visage sur sa peau et promena ses narines écarquillées de son ventre à sa poitrine et à son cou, sur son visage et dans ses cheveux, revint au ventre, descendit jusqu'au sexe, sur ses cuisses, le long de ses jambes blanches. Il la renifla intégralement de la tête aux orteils, il collecta les derniers restes de son parfum sur son menton, dans son nombril et dans les plis de ses bras repliés.
Lorsqu'il l'eut sentie au point de la faner, il demeura encore un moment accroupi auprès d'elle pour se ressaisir, car il était plein d'elle à n'en plus pouvoir. Il entendait ne rien renverser de ce parfum. Il fallait d'abord qu'il referme en lui toutes les cloisons étanches. Puis il se leva et souffla la bougie.

Tag(s) : #Bouquiner, #DES MOTS ET DES AUTRES

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