Pleurer au cinéma est quelque chose qui m'a toujours étonné, dépassé même. Non pas que je ne pleure pas, je n'ai pas l'âme aussi sèche qu'on pourrait le croire, bien au contraire, les larmes c'est fait pour couler. Être ému, sensible à une histoire, un personnage, une fin heureuse ou tragique, un conte ou une histoire vrai qui vous prend aux tripes, je le conçois ô combien, mais de là à pleurer au ciné, non ! J'ai toujours considéré que c'était un peu comme céder à la beauté d'un emballage voyez ?

Je me souviens étant gamin d'avoir pleuré lors des adieux à la fin de E.T. Je me souviendrai désormais d'avoir pleuré comme un gamin à la fin du film DANS LA COUR.

La rencontre entre Deneuve et Gustave Kervern est vraiment étonnante et tellement improbable qu'elle m'a scotché dans le creux de mon fauteuil de ciné de banlieue.

Mais je me sens au final comme incapable d'en parler vraiment. C'est comme quand on est face à quelque chose d'immense, et qu'on trouve pas les mots, que ça nous dépasse, qu'on est noyé sous l'émotion. Je dirai même que trouver les mots me parait dans ce cas précis assez futile...le net regorgera de critiques cinémas que je ne veux pas lire, et qui vont se branler sur 2 ou 3 éléments de langage bien placés, avant de mettre cette affiche aux oubliettes.

Ici c'est different, parce qu'ils sont pas nombreux les films qui vous restent toute une vie, les doigts d'une main peut être. Ces films qui vous sont comme de grosses indigestions mais vitales, sur le long terme...

Absolument tout dans ce film m'a parlé, jamais pour moi une comédie dramatique n'aura autant justifié son rang à mes yeux, son genre, son style. Je me suis vu, je me suis reconnu, j'ai rigolé en dedans, en dehors, j'ai frissonné tout du long, j'ai bu chaque mot, de chaque dialogue. J'ai douté au début, on est perdu dans l'histoire, comme le personnage est perdu dans la sienne, puis tout se recentre dans le périmètre étriqué d'une cour parisienne...et j'ai chialé à la fin, ho putain oui que j'ai chialé, comme un gamin  mais un gamin mal rasé, comme un morveux mal terminé. Cette fin, cette conclusion de Deneuve, et mes larmes quasi-convulsives, des larmes  comme on se vide, comme on se soulage d'un truc...voilà c'est bien ça, je suis ressorti de la salle vidé, avec le soleil dans la gueule, le soleil qui vous aveugle mais qui ne vous fait pas baisser les yeux, avec mes petites fissures, mes grandes fêlures, mais cette impression d'avoir été comprit un instant, en dehors de son nid. Cette sensation d'être un peu mieux, un peu plus grand, mais pas trop grand non plus. Parceque quand je serai grand, ce sera finit, et je veux pas être comme eux, aboutis, arrivés, et figés comme une sauce qui tourne. Alors autant que je m'assume comme ça, pas trop grand, mal terminé, et que je m'aime enfin comme je suis, voilà tout ce qu'il m'a raconté, aussi, ce film !

Bref, voici un de ces coups de coeur dont je me dis incapable de parler mais qui me fait pourtant partir dans de nouvelles élucubrations bloggueuses impudiques, qui ennuieront sans aucun doute ceux à qui ce film ne parlera pas, et il ne parlera pas à tous le monde pour sûr...jusqu'à preuve du contraire, comme dirait l'autre !

Petites fissures, grandes fêlures...

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