1991

Je me souviens de la première écoute du titre Smells like teen spirit, je l'ai découvert en clip la toute première fois et je suis resté bouche bée face à l'écran...naissait alors avec un second album explosif Nevermind l'histoire d'un groupe qui allait bousculer le rock des années 90...qu'on appelle ça "punk", "garage", "grunge" peu importe, ça brûlait dans les veines et dans les oreilles ! Ça brûlait d'abus et de vie ! Ça déchirait nos jeans déjà brûlés ! Sentiment de liberté cramée à la sauce nihiliste sur une voix éraillée, torturée, tout en force et unique, celle du ténébreux, silencieux, mystérieux Kurt Cobain.

Il y a 20 ans déjà Cobain se logeait une balle dans le crâne suite à une désintox avortée et à une disparition 5 jours durant qui donnent encore du grain à moudre sur le prétendu meurtre de Kurt Cobain. Un meurtre ce serait un coupable, ce serait des révélations sur une veuve déjantée, ce serait des épisodes et finalement une façon de faire revivre un fantôme. D'autres soutiennent la thèse d'une fausse mort organisée pour fuir cette célébrité qu'il supportait mal et qui lui rongeait le bide, s'enfonçant dans la dépression et l'intermittence de la drogue.

C'est bien connu, Elvis n'est pas mort non plus, et on publie régulièrement dans la presse américaine des photos de fantôme de Mickaël Jackson qui se balade dans son ranch de Neverland...

 

Kurt Cobain s'est tout simplement fumé la cervelle au Remington le 5 avril 1994, après s'être injecté 3 fois la dose mortelle d'héroïne, lui qui ne pouvait justement plus supporter le poids de l'icône héroïque.

Comme une dernière liberté, il a décidé d'en finir et on retrouvera son corps inerte 3 jours après. Quelques uns de ses derniers mots de sa lettre d'adieu ci dessous sont forts, loin selon moi du cliché dans lequel on voulait l'enfermer, transperçants comme un refrain entre deux riffs de guitare.

Au delà d'un simple délire junkie j'y lis une sensation qui me parle tellement. Celle d'être prit entre amour et haine, comme coincé et seul. Cette sensation -traduite dans sa lettre par un trop plein d'empathie- de trop aimer, de trop en demander, de trop attendre, qui  mène innevitablement à la déception, colère et mélancolie.

Nirvana. Ca brûlait. Vive le feu.

 

Parfois, j'ai l'impression que c'était comme si je pointais avant de monter sur scène. (...)

Je me réjouis d'avoir touché et diverti tant de gens. (...)

Je dois être l'un de ces narcissiques qui n'apprécient les choses que lorsqu'elles ne sont plus. Je suis trop sensible. (...)

J'ai besoin d'être légèrement engourdi pour retrouver l'enthousiasme de mon enfance.(...)

Au cours de nos trois dernières tournées, j'ai pu apprécier bien mieux tous les gens que j'ai rencontrés personnellement ou en tant qu'admirateur de notre musique; mais je ne parviens toujours pas à surmonter la frustration, la culpabilité que j'éprouve à l'égard de tout le monde. Il y a de la bonté en chacun de nous et je pense que j'aime tout simplement trop les gens. Tant et si bien que ça me rend foutrement triste.

Pauvre petit, susceptible et ingrat, né sous le signe du poisson, doux Jésus. Pourquoi ne pas simplement se réjouir ? Je ne sais pas ! J'ai une femme divine qui transpire l'ambition et la compassion et une fille qui me rappelle trop ce que j'ai été, pleine d'amour et de joie, qui embrasse chaque personne qu'elle croise parce que chacun est bon et ne lui fera pas de mal. Et ça me terrifie au point que je peux à peine fonctionner. Je ne peux pas me faire à l'idée que Frances (sa fille) puisse devenir le rocker misérable, autodestructeur et suicidaire que je suis aujourd'hui.(...)

J'ai une belle vie, et j'en suis reconnaissant, mais depuis l'âge de sept ans, je déteste le genre humain dans sa globalité. Seulement parce que ça semble si facile pour les gens qui ont de l'empathie de bien s'entendre. Seulement parce que j'aime trop les gens et que je me montre trop compatissant envers eux, je crois.

Je vous remercie tous, depuis le gouffre brûlant de mon estomac nauséeux, pour vos lettres et l'intérêt que vous m'avez accordé ces dernières années. Je suis un gosse, trop erratique et trop instable! Je n'ai plus de passion, alors rappelez-vous: "il vaut mieux brûler franchement que s'éteindre à petit feu." *

Paix, amour, compassion.

Kurt Cobain.

Frances et Courtney, je vous adorerai toujours. S'il te plaît, Courtney, continue pour Frances. Pour sa vie qui sera bien plus heureuse sans moi.

JE VOUS AIME. JE VOUS AIME !

(*paroles de chanson de Neil Young)

 

 

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J'ai beaucoup aimé aussi cet article de Jimbo sur e-torpedo.net concernant "MTV Unplugged In New-York" LE album de chevet d'une génération comme un ultime testament

La mort annoncée de Nirvana et Kurt Cobain

"MTV Unplugged In New-York", c’est un peu la chronique d’une mort annoncée du groupe de Kurt Cobain. Programmée sur MTV, on pouvait mesurer dans la vidéo archi-diffusée l’état de délabrement physique et psychologique de Kurt.

Mais c’est pourtant ce soir de novembre 1993 que Nirvana va enregistrer ce qui va devenir son testament ultime.

La voix cassée et déchirée de Cobain assisté de Krist Novoselic, Pat Smear (guitares) et Dave Grohl, va délivrer pendant une heure un set époustouflant et mémorable.

Dès la première chanson ("About A Girl"), on retient son souffle car on sent qu’il se passe quelque chose ce soir-là. Kurt Cobain chante avec toutes ses tripes et toute son âme, le temps semble s’arrêter, et les titres s’enchaînent avec des moments de grâce totale, pour des versions inoubliables issues de leur répertoire (fantastiques interprétations de "Dumb", "Something In The Way", et de "Come As You Are" ) ; ou encore pour des reprises totalement habitées ("Jesus Don’t Want Me For A Sunbearn" des Vaselines, ou le célèbrissime "The Man Who Sold The World" de Bowie).

Invités surprises sur ce live historique, les Meat Puppets ont l’honneur de partager trois titres de leur répertoire avec l’icône grunge (mention spéciale pour l’interprétation de "Plateau").

Enfin, les deux derniers titres qui installent définitivement ce live parmi les chef-d’oeuvres : "All Apologies", presque murmuré et pourtant d’une beauté glaçante, à couper le souffle ; et enfin une reprise (encore) "Where Did You Sleep Last Night" de Leadbelly, qui clôture ce set magique.

A l’image de l’Unplugged malade et terrifiant d’Alice In Chains, l’Unplugged In New-York de Nirvana va devenir un disque de chevet pour toute une génération qui va installer Cobain parmi ses dieux vivants du rock, pour malheureusement le pleurer quelques mois plus tard ...

En apprenant son décés un soir d’avril 94, beaucoup d’entre nous ne seront pas surpris, et se rapelleront le regard triste et perdu de Kurt et ses timides sourires effacés lors de l’enregistrement vidéo de cet Unplugged ;

le souvenir de Kurt Cobain blafard assis sur son tabouret, dans sa veste en guenille nous revient alors en mémoire, comme une triste prémonition.

On se rend compte alors que déjà la légende était en marche.

 

1994 - It's better to burn out than to fade away.

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