Je me souviens de Maman qui s'amusait du rouge gorge du printemps, celui qui vous suit quand vous jardinez, le rouge sang sous le bec, jamais farouche. Maman jardinait beaucoup malgré son peu de temps libre. Je me souviens la chercher en vain dans la maison et la retrouver en chemise de nuit, les mains dans la terre, ébouriffée et souriante à la douceur du printemps et aux râleries de son fils. Dans ces moments, elle semblait tout oublier, et le téléphone pouvait bien sonner...

Depuis, dans mes divagations printanières, que ce soit plein sud au potager, au Sud-Ouest sous l'ombre légère du tamaris, aux pieds du petit jardin aromatique côté Ouest ou sur une branche du bouleau au Nord, j'aime à penser que Maman jardine avec moi et me suit pas à pas. Parfois, quelques mètres à peine me séparent de l'oiseau, il tord sa tête, expose son collier rouge et me fixe de son regard de perles noires et luisantes...je m'arrête, nous nous fixons. Le temps s'arrête, un instant.

Inévitablement, le jardin sera un jour livré aux promoteurs, la maison rasée et remplacée par un immeuble moderne plein de cols blancs au travail. Je vivrai alors peut être et enfin face à l'océan noir de Bretagne, dans les hortensias de Piriac et les genêts des falaises de Plouha, à moins que ce soit ma tombe qui accueille à ce moment là quelques bouquets de fleurs fanées et des petits sanglots étouffés.

Inévitablement, la maison sera rasée et les sourires ébouriffés de Maman se perdront dans les nuages de poussières lourdes des tractopelles ...

Cette chanson de Renaud me touche beaucoup car elle parle de cette poussière lourde, et se rajoute à la longue liste de ces perles de textes et mélodies que je souhaite figer dans le micro.

 

Tag(s) : #MA N'HISTOIRE, #PETITE HISTOIRE

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