Autant je peux être très bavard concernant la musique, autant  pour les bouquins je ne trouve pas toujours les mots...

Les poissons ne ferment pas les yeux est un livre d'Erri De Luca, auteur italien, que j'ai dévoré en moins de 3h au coin du feu (le livre).

Entre retour sur ses 10 ans et premier amour, hymne à la femme, entre plage et pêche, ça court tout seul, poétique à souhait. Qui at-il de plus poétique que les souvenirs d'enfance ? Ici dans une Italie d'après guerre. C'est tendre, émouvant, plein de soleil de vacances et d'eau salée.

Ne serait-ce que pour 3h au coin du feu, qu'il est bon d'avoir 10 ans, quoiqu'il advienne.

 

P.105 - Je le rencontre dans mon sommeil, où je pleure sans larmes. Le deuil de mon père est une flaque d'eau de mer assechée. Au milieu des rochers, il reste le sel séché, des sanglots à sec. Je retrouve à présent mes larmes d'il y a cinquante ans. Elles reviennent à mes yeux après avoir voyagé et fait partie du goutte-à-goutte des yeux du monde. Elles sont revenues au point de départ et je les pleure à nouveau. Les larmes reviennent bras dessus bras dessous, deux par deux, se penchent sur le bord et plongent des cils sur mon pantalon, tandis que je pose mon front sur mes mains vides.

_______

 

P.128 - Les baisers partaient de nos talons plantés dans le sable. Ils remontaient nos vertèbres jusqu'aux os du crâne, jusqu'aux dents. Aujourd'hui encore, je sais qu'ils sont le plus haut sommet qu'atteignent les corps. De là haut, du point culminant des baisers, on peut descendre ensuite dans les gestes convulsifs de l'amour.

_______

 

J’avais maintenant dix ans, un magma d’enfance muette. Dix ans, c’était un cap solennel, on écrivait son âge pour la première fois avec un chiffre double. L’enfance se termine officiellement quand on ajoute le premier zéro aux années. Elle se termine, mais il ne se passe rien, on est dans le même corps de mioche emprunté des étés précédents, troublé à l’intérieur et calme à l’extérieur. […] J’étais dans un corps pris dans un cocon et seule ma tête tentait de le forcer.

_______

 

P. 16 - A travers les livres de mon père, j'apprenais à connaître les adultes de l'intérieur. Ils n'étaient pas les géants qu'ils croyaient être. C'étaient des enfants déformés par un corps encombrant. Ils étaient vulnérables, criminels, pathétiques et prévisibles. (...) Ce qui me gênait le plus, c'était l'écart entre leurs phrases et les choses. Ils disaient, ne fût-ce qu'à eux-mêmes, des paroles qu'ils ne maintenaient pas. "Maintenir" : c'était mon verbe préféré à dix ans. Il comportait la promesse de tenir par la main, maintenir.

_______

 

P.104 - Et ainsi, la lettre était partie et je pouvais perdre papa. Grandir sans lui ? Je pousserais de travers, je chercherais à m'appuyer contre un mur comme une plante grimpante qui glisse sinon.

 

Les poissons ne ferment pas les yeux...

Partager cet article

Repost 0