Pour mémoire…
Tout au long du mois de mai 1968, nos policiers s’étaient appliqués à matraquer les étudiants, sans état d’âme. Parfois à cinq ou six sur la même victime. (Les
photos publiées alors sont significatives de cet acharnement sur les futures élites de la Nation.) Cette brutalité devait faire réagir vivement le préfet de police, Maurice Grimaud : « Frapper un
homme à terre, c’est se déshonorer et déshonorer la police ! » Ce n’étaient que de bonnes paroles car ce préfet, plus humaniste que la moyenne des serviteurs de l’ordre, n’était guère entendu par
les chevaliers du guet. Maurice Grimaud avait tenté de sauver l’honneur de la police, mais il devait se sentir bien seul. Suite à son décès, le 16 juillet, une minute de silence devait être
observée dans les commissariats de police, le 23 juillet. Nul ne manquait à l’appel pour ce salutaire rappel à l’histoire – y compris les matraqueurs de 2009, tout aussi répressifs que leurs
anciens de mai et juin 1968. Communiqué de l’Observatoire des libertés publiques, 23 juillet 2009.
Pratiques dégradantes
Le 30 juin, la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) présentait un rapport sur « les traitements inhumains et dégradants » au dépôt du palais de
justice de Paris. Avec, pour point fort, « les personnes prises en charge ne sont pas traitées avec dignité. » Sont dénoncées, en particulier, « les fouilles à nu excessives. » Pour cet office,
les policiers s’activent sans la moindre vergogne. Une policière précise qu’il est demandé aux femmes « de s’accroupir, et de tousser trois fois, les jambes écartées. » Quant aux hommes, ils
doivent se pencher en avant, et tousser. Tout cela se déroule évidemment dans la plus grande délicatesse : « Une fois que les cheveux, la bouche et l’anus de la personne ont été contrôlés, elle
se rhabille et passe sous un détecteur de métaux. » En fait, un détenu déjà fouillé à la sortie de la maison d’arrêt, pourra être fouillé et mis à nu jusqu’à cinq fois dans une même journée,
lorsqu’il est conduit au palais de justice. Il paraît que face aux critiques qui ne cessent de se multiplier, ces fouilles répétées pourraient être limitées. (Source, Le Monde, 24
juillet 2009)
Libertés policières
Le 21 juillet, le collectif Liberté-Egalité-Justice, qui réunit 34 organisations, dont le Syndicat de la Magistrature et la Ligue des Droits de l’homme, dénonçait,
dans un communiqué : « L’alarmante banalisation des atteintes aux droits et libertés. » Ce collectif réclame un moratoire sur l’usage par la police et la gendarmerie d’armes de type flash-ball et
Taser. Il demande l’ouverture d’une information judiciaire sur les incidents survenus à Montreuil, le 8 juillet. Par ailleurs, le 22 juillet, L’Institut international de presse, basé à Vienne
(Autriche), s’inquiétait des atteintes à la liberté de la presse, en France. Suite à l’interpellation d’un journaliste stagiaire du journal Le Monde, et aux perquisitions qui ont eu lieu
récemment dans plusieurs rédactions, l’Institut lançait cet avertissement : « La police doit réaliser que ces types d’incidents, qui semblent faire partie d’un mode d’agression envers les médias
(…) sont préjudiciables à la réputation de la France. » (Source, Le Monde, 24 juillet 2009)
La sécurité intérieure, fille naturelle de Big Brother !
Le domaine de la surveillance policière s’élargit, mettant en péril ce qui peut encore subsister d’espace de liberté. Le 24 juillet, la CNIL (Commission nationale
informatique et liberté) rendait public un avis réclamant des garanties sur l’utilisation des logiciels-espions de la police pouvant être introduits à distance dans l’ordinateur d’une personne,
sans son consentement. La CNIL suggère – mais ce n’est qu’un vœu pieux – de limiter l’usage de ces logiciels pour qu’ils ne soient pas à la disposition d’un trop grand nombre de policiers, sans
l’autorisation d’un juge. Une certitude : la reconnaissance légale de ces logiciels figure d’ores et déjà dans le projet de loi d’orientation et de programmation pour la performance de la
sécurité intérieure (Loppsi II), qui doit être débattue à l’Assemblée nationale d’ici la fin de 2009. Ce texte ajoute au Code pénal dix nouveaux articles sur la « captation des données
informatiques en matière de criminalité organisée. » Encore faut-il savoir ce que peut recouvrir la formule « criminalité organisée », qui n’est, à l’évidence, qu’un fourre-tout permettant de
surveiller quiconque est utilisateur d’Internet puisque, selon cette loi d’orientation, seront concernés les lieux publics ou privés, de même que les cyber-cafés.
Comme le rappelle utilement l’éditorial du Monde, qui nous fournit cette information, cette nouvelle atteinte aux libertés nous renvoie au STIC (Système de traitement des infractions constatées)
qui permet déjà à la police de répertorier toute personne ayant été concernée par une procédure judiciaire – qu’elle soit mise en cause, victime ou simple témoin d’un délit. Avec cette précision
: « Si la fusion projetée avec le fichier électronique tenu par la gendarmerie intervient, le champ sera encore plus large… Où est la limite de ces intrusions dans la vie de Français ? Nous
sommes prévenus : Big Brother est là, tout près ! » Dans 1984 ; George Orwell avait imaginé le « télécran » permettant de contrôler les citoyens, chez eux. En 2009, Nicolas Sarkozy s’apprête à
dépasser cette fiction par une sinistre réalité ! (D’après Le Monde, 25 juillet 2009)
Le lièvre policier et la tortue judicaire…
Dans la soirée du 27 octobre 2005, deux jeunes, issus des « minorités visibles », Zyed et Bouna, se réfugiaient dans un transformateur EDF, à Clichy-sous-Bois (93).
Poursuivis sans raison par des policiers désireux d’ajouter quelques délits à leur palmarès. Ces deux adolescents, âgés de 15 et 17 ans, devaient y trouver la mort. Certes, deux policiers ont
déjà été mis en examen pour « non-assistance à personnes en danger. » L’un de ces deux fonctionnaires, qui avait aperçu les deux garçons escaladant le grillage protégeant le transformateur, avait
alors prononcé cette phrase, retrouvée sur les bandes radio de la police : « S’ils entrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau ! » Sans que les deux policiers tentent le moindre
geste pour les dissuader de franchir cette barrière.
Au fil des reconstitutions successives, le temps a passé et, près de quatre ans après cette bavure abominable, il parait que le dossier serait clos dans les semaines à venir. En effet,
l’ordonnance de fin d’instruction viendrait d’être prise après une trop longue procédure. Il est vrai que l’on sait, d’expérience, que les policiers ne sont pas des justiciables comme les autres
– ce qui incite les magistrats à une certaine lenteur. D’ores et déjà, nous savons que les parties disposeront de trois mois pour demander des actes supplémentaires, le parquet disposant ensuite
d’un nouveau délai pour statuer. Le renvoi des policiers devant le tribunal correctionnel est possible. , mais un non-lieu n’est pas exclu. Une certitude : suite au caillassage d’un fourgon de
police par les jeunes d’une cité, la justice est bien plus rapide, les juges n’hésitant jamais à se montrer impitoyables. (D’après Aujourd’hui, 30 juillet 2009)
Montreuil : bavure à moitié reconnue
Suite à la véritable agression dont un jeune réalisateur était victime à Montreuil, le 8 juillet, l’enquête conduite par l’IGS a notablement avancé. Il apparaît,
sans conteste, que le policier de la BAC, auteur du tir de flash-ball, n’était pas directement menacé, et donc nullement en situation de légitime défense. A tout le moins, soulignent les
enquêteurs, ce tir de flash-ball, qui allait faire perdre l’usage d’un œil à la victime, était hors des conditions d’utilisation, et sera donc considéré comme une riposte disproportionnée. La
légitime défense étant écartée ; certains policiers n’en estiment pas moins se « sentir en parfaite insécurité juridique. » Notion difficile à trouver dans le Code de procédure pénale, mais qui
permettrait, au-delà des textes, de se défouler sur quiconque oserait manifester sur la voie publique. Reste à savoir si le fonctionnaire d’autorité, dont le tir devait rendre borgne un jeune
manifestant, a agi de sa propre initiative ou sur l’ordre de sa hiérarchie, au cours d’une manifestation pacifique. (D’après Le Monde, 31 juillet 2009)
Mayotte : les sans papiers dans l’œil du cyclone
Il n’y a pas qu’en France métropolitaine que la police et la gendarmerie s’appliquent à la chasse aux sans papiers. Il en va de même dans les départements et
territoires d’outre-mer. C’est particulièrement le cas en Guyane et, plus particulièrement à Mayotte, au cœur de l’archipel des Comores. Pour les six premiers mois de 2009, ce sont 9.019
personnes (dont 1.310 enfants) qui ont été « reconduits à la frontière. » C’est-à-dire vers une autre île de cet archipel. Des contrôles quotidiens sont menés sur les routes, dans les quartiers
connus pour abriter des sans papiers, tandis que les accès aux dispensaires et aux écoles sont l’objet de contrôles réguliers. Pour assurer de meilleurs résultats, les effectifs de la police et
de la gendarmerie ont été triplés, depuis 2004, dans cette île de l’océan indien. Un fonctionnaire de la PAF (police aux frontières) reconnaît les limites légales de ces expulsions : « Tout le
monde sait que le chiffres obtenue depuis trois ans seraient irréalisables, à Mayotte, si l’on respectait la loi ! » Sans commentaire. Ces trois dernières années, près de 9.000 enfants ont été
expulsés, souvent en falsifiant la date de leur naissance. Des adolescents étant frauduleusement présentés comme des majeurs… (Source, Libération, 31 juillet 2009)
La France d’Outre-mer a la nuque raide
En Nouvelle-Calédonie, territoire français d’Outre-mer (TOM), les libertés syndicales sont relatives. Des militants du syndicat USTKE (Union syndicale des
travailleurs Kanaks et exploités) sont emprisonnés. De plus, lorsque Bernard Kouchner se déplace à Nouméa, à la fin du mois de juillet, il refuse de recevoir les responsables de ce syndicat, dans
le même temps que le centre-ville est bouclé par les forces de l’ordre. Les 3 août, des affrontements devaient oppose des manifestants aux gendarmes mobiles. Aux jets de pierres des militants
kanaks devaient répondre des tirs de gaz lacrymogène – les pandores abandonnant le terrain après avoir dénombré 27 blessés dans leurs rangs. Dans le royaume du nickel, suite à la tuerie d’Ouvéa,
en 1988, les accords de Matignon signés en 1989 paraissaient ouvrir la voie à une forme d’autonomie interne. Depuis, pourtant, des milliers de métropolitains ont été incités à s’installer en
Nouvelle-Calédonie, où l’ordre colonial règne toujours. Au moindre conflit social, les piquets de grève sont attaqués par les forces de l’ordre. Suite aux événements du 3 août, des renforts
policiers étaient annoncés. (Sources, Le Monde et Libération, 4 et 5 août 2009)
Concentration policière
Une nouvelle force policière va voir le jour, le 14 septembre : la Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP), qui regroupera 26
fonctionnaires chargés, en principe, de lutter contre la petite et moyenne délinquance. Cette nouvelle structure, dirigée par Alain Gardère, fidèle de Nicolas Sarkozy, regroupera la police de
proximité parisienne et les trois directions départementales de la sécurité publique des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne. Il est évident que la mise en place de ce «
Grand Paris de la police » répond à l’inquiétude des autorités policières, suite aux révoltes des jeunes de banlieues en 2005 et 2007. Pour Nicolas Sarkozy, ce type d’organisation pourrait être
étendu à d’autres agglomérations, « en fonction des besoins. » (Source, Libération, 5 août 2009)
Haut et court
Le 5 août, à Metz, à quelques mois de sa retraite, le général de corps d’armée commandant la gendarmerie dans l’Est de la France s’est donné la mort par pendaison.
(Source, France 3 Champagne-Ardennes, 6 août 2009)
Vigilants vigiles
Décidés à empêcher la fermeture de leur usine, les salariés de Molex, à Villeneuve-sur-Tarn, en grève depuis le 7 juillet, étaient provoqués par les gardes du corps
de leur patron américain. Ce qui provoquait des jets d’œufs de la part des ouvriers. Suite à cet affrontement, les grévistes apprenaient l’arrivée de vigiles, « affectés à la sécurité des
bâtiments. » Sans doute pour permettre le déménagement des machines-outils, avant la fermeture du site. Jadis, les mercenaires de ce type étaient qualifiés de bandes armées du capital. N’oublions
pas qu’il y a quelques mois, Nicolas Sarkozy avait évoqué la diminution des effectifs policiers, tandis qu’il incitait les sociétés privées de sécurité à créer cent mille emplois… (D’après
Libération, 6 août 2009)
Fin de scolarité
Le corps d’un élève de l’école des officiers de police de Cannes-Ecluse (77) a été découvert, le 8 août, dans uj village des Pyrénées orientales. Selon les premiers
éléments de l’enquête, cet élève officier, âgé de 30 ans, aurait utilisé son arme de service pour mettre fin à ses jours. (Source, Le Parisien, 10 août 2009)
Course-poursuite mortelle
Dans la soirée du 9 août, vers 21 heures, à Bagnolet (93), un garçon âgé de 18 ans, prénommé Yakou, se tue après avoir voulu échapper à un contrôle de police. Dans
un virage, le jeune homme, poursuivi par des policiers, perd le contrôle de sa moto et va heurter une barrière métallique. Immédiatement, le parquet de Bobigny va charger l’IGS d’enquêter, tandis
que, dans le même temps, les policiers affirmaient que leur véhicule n’avait pas heurté le deux roues de celui qu’ils avaient pris en chasse. Ce qui n’était pas indispensable pour pousser à la
faute un adolescent affolé. Il n’en reste pas moins que, selon un certain nombre de témoins, il n’y avait pas un mais deux véhicules, voire trois véhicules de police sur le terrain, dont l’un
aurait serré la victime près d’un trottoir, dans le même temps qu’un véhicule de la BAC arrivait en sens inverse. Ce qui est certain, c’est qu’il existe des notes internes, au sein de la police,
recommandant de ne pas se livrer à des courses poursuites dont l’issue est fréquemment tragique. Ce qui n’empêche pas certains cow-boys de continuer à partir en chasse – surtout lorsque le «
délinquant » fait partie des minorités visibles.
Bien entendu, selon certaines sources, le garçon serait défavorablement connu des services de police, comme si cela pouvait excuser l’issue fatale de cette poursuite.
Toujours est-il que le soir même du drame, face à la colère des habitants , et de quelques jeunes du quartier, qui mettaient le feu à des voitures, six fourgons et une quinzaine de véhicules,
avec à bord des policiers en nombre, armés de flash-ball, pour « sécuriser » le quartier, arrivaient sans tarder. Que faut-il penser de l’intervention du ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux,
qui tenait à présenter ses condoléances à la famille de Yakou. Comme s’il y avait une bavure à faire pardonner. Bien sûr, la moto 125 cm3 du jeune homme était d’un modèle non-autorisé en ville,
mais cela vaut-il peine de mort ? Les policiers savent bien que les courses poursuite qu’ils entreprennent conduisent trop souvent à la mort programmée du gibier… (Sources, Le Parisien,
10 août, Libération, 11 août et France Inter, 12 août 2009)
Prison pour enfant
Depuis le 30 juillet, des Philippins, vivant en France depuis dix ans ont été placés en rétention au centre du Canet, à Marseille. Une fillette, âgée de moins de
cinq ans, fait partie de cette famille en voie d’expulsion, rappellent le Réseau Education sans frontière (RESF) et la Cimade. Dans Libération, daté du 4 août, l’anthropologue Emmanuel Terray
publiait une tribune intitulée « Enfants internés : la honte ! », où il écrivait : « …L’internement des enfants est une honte pour notre pays, et si nous restions silencieux, il nous
déshonorerait toutes et tous, que cela plaise ou non à M. Besson, il nous rappelle les périodes les plus sombres de notre histoire… » Comment ne pas adhérer à ce cri de colère, mais il y a
toujours des policiers sans état d’âme qui acceptent de participer aux missions inhumaines consistant à venir rapter des enfants, en compagnie de leurs parents, dont le seul crime est d’être
différent du modèle local ! (D’après France info, 12 août 2009)
Derniers Commentaires